Les banques suisses ont reçu un avertissement de la part de Washington. Elles sont invitées fermement à interrompre, ou au moins à limiter sévèrement, leurs liens avec leurs homologues iraniennes. Une visite jeudi dernier à Berne et Zurich du sous-secrétaire américain au Trésor, Stuart Levey, a été l'occasion de cette mise au point.

Les rencontres que ce haut responsable a eues avec Michael Ambühl, secrétaire d'Etat au Département fédéral des affaires étrangères, Jean-Daniel Gerber, responsable du Seco, et des représentants de l'Association suisse des banquiers ont été qualifiées officiellement d'«échanges de vues» et de «discussion générale».

En réalité, selon des sources proches du dossier, elles ont permis à l'envoyé de rappeler combien la traque des réseaux de financement du terrorisme est centrale pour Washington. Ce message a été aussi répété à quelques journalistes convoqués pour l'occasion.

Stuart Levey a notamment mis en exergue l'interdiction totale prononcée contre tous contacts, même au travers de parties tierces, entre des organisations financières américaines et la banque d'Etat iranienne Saderat. Cette dernière est accusée d'avoir transmis des fonds envoyés par le gouvernement de Téhéran au Hezbollah et à d'autres organisations qualifiées de terroristes par l'administration Bush.

Face aux Suisses, le sous-secrétaire au Trésor s'est bien gardé de formuler la moindre menace. Il s'est contenté de rappeler les dangers que fait peser sur le système financier international l'activité des groupes terroristes. Plutôt que de réclamer des sanctions étatiques, il a vanté les capacités du secteur privé de prendre lui-même les mesures qui s'imposent.

Message reçu

Face aux Américains, les Suisses affichent une position légaliste. Tant que l'Iran ne fait pas l'objet de sanctions internationales, les banques suisses sont libres de faire des affaires avec ce pays.

Les Américains disposent cependant d'autres arguments pour convaincre leurs partenaires. A l'occasion des commémorations du 11 septembre, le Trésor américain a félicité publiquement UBS, très intéressé par le marché américain, pour sa décision d'interrompre ses relations avec la clientèle résidant en Iran. De même, HSBC et Credit Suisse ont eu droit à une citation pour avoir restreint leurs relations avec ce pays. Autrement dit, les autres banques seraient bien inspirées, si elles tiennent à leur réputation face aux autorités américaines, de suivre le mouvement.

Message compris à Credit Suisse: «Nous ne développons aucune nouvelle affaire avec des clients domiciliés en Iran, ni aucune relation nouvelle en Iran pour des clients, à cause des risques politiques, économiques et de réputation», explique Jean-Paul Darbellay, porte-parole.

Ni HSBC Private Bank ni Julius Bär, qui avaient fait savoir encore récemment leur intérêt pour la clientèle iranienne, n'ont souhaité faire connaître leur position.

Le message est toutefois passé, notamment à l'étranger. Trois banques japonaises, Bank of Tokyo, Mizuho et Sumitomo, ont annoncé vouloir cesser toutes transactions. D'autres pourraient-elles suivre? Berne, pour Stuart Levey, n'était qu'une étape d'une tournée européenne.