Le moment ne manque pas d’ironie. A quelques semaines de l’investiture du 45e président américain Donald Trump, qui sera célébrée en grande pompe le 20 janvier prochain à Washington, l’Organisation mondiale du commerce à Genève s’est penchée mardi et mercredi pour la treizième fois sur la politique commerciale de la première puissance économique mondiale. Durant deux jours, explique l’ambassadrice de Hong Kong Irene Young, les Etats-Unis ont été soumis aux quelque 1600 questions parfois critiques des autres Etats membres.

«Les Etats-Unis ont continué d’appliquer une politique commerciale ouverte», relève le rapport de 216 pages établis par les pairs. Ils ne se privent pas de recourir fréquemment à des mesures antidumping. Entre 2014 et juin 2016, Washington a demandé l’ouverture de 85 enquêtes antidumping, en particulier contre la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée et l’Union européenne.

Des barrières pour les entreprises étrangères

Les pairs relèvent qu’il n’existe pas aux Etats-Unis de «cadre juridique global régissant les subventions aux niveaux fédéral et intrafédéral. Difficile d’y voir clair pour les pays concurrents. Pour les entreprises étrangères qui exportent aux Etats-Unis, des barrières non tarifaires s’érigent devant eux: «Il est difficile d’exporter parfois aux Etats-Unis, explique-t-on à l’OMC. Les normes appliquées sont surtout le fait d’organismes privés. De nombreuses règles découlent de préoccupations sécuritaires.» Par ailleurs, malgré l’existence d’un Bureau des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis, près de trente organismes fédéraux continuent de jouer un rôle dans l’application des règles commerciales.

Washington n’en juge pas moins l’OMC indispensable. L’administration de Barack Obama voit dans l’institution genevoise un «rempart important contre le protectionnisme». Elle n’a pourtant pas hésité à conclure, hors de l’OMC, le Partenariat transpacifique avec onze autres Etats de la région Asie-Pacifique représentant 40% du commerce mondial. Irene Young ne voit cependant pas dans ce type de traité de libre-échange un affaiblissement de l’objectif visé par l’OMC.

Pour Donald Trump, l’OMC est «un désastre»

A Genève, même si son nom alimente toutes les discussions, Donald Trump n’a pas été au coeur de l’analyse des pairs tant il est difficile de prédire ce que sera la politique commerciale de la nouvelle administration. Pour l’OMC toutefois, la menace est claire: le président élu considère l’organisation genevoise comme un «désastre» et pourrait juger bon de la quitter. Au cours de la campagne présidentielle, il a ravivé les craintes d’un retour au protectionnisme, menaçant d’imposer des taxes douanières de 45% et de 35% sur les produits chinois et mexicains importés aux Etats-Unis.

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Les répercussions d’une telle politique sur la relation sino-américaine seraient considérables. Les Etats-Unis ont importé de Chine pour 482 milliards de dollars en 2015 et 380 milliards de janvier à octobre 2016. Une taxe douanière de 45% grèverait fortement les produits électroniques qui représentent 90% du total des importations de Chine. Les exportateurs américains vers la Chine (116 milliards de dollars) pourraient subir de sévères mesures de rétorsions chinoises. Selon «Forbes», les taxes douanières américaines sur les produits agricoles chinois s’élèvent actuellement à 2,5% et à 2,9% pour les produits non agricoles. A l’inverse, Pékin impose des taxes de 9,7% sur les produits agricoles américains et de 5% sur les autres.

Spectre de guerres commerciales

Donald Trump a aussi promis de renégocier le traité de libre-échange de l’Alena entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis, le «pire traité jamais conclu» et de se retirer du Partenariat transpacifique qui permet pourtant à l’Amérique de jouer les premiers rôles en Asie afin de co-déterminer les règles communes du commerce. Le spectre de guerres commerciales ne peut être écarté.

Le président élu pourrait d’ailleurs nommer à cet effet le milliardaire Wilbur Ross au poste de secrétaire au Commerce pour sanctionner ces pays qui ont détruit, selon Trump, des millions d’emplois outre-Atlantique. C’est ce même Wilbur Ross qui a suggéré d’investir 1000 milliards de dollars dans les infrastructures grâce à de puissants allégements fiscaux accordés aux constructeurs. Un plan qui vise à créer 25 millions d’emplois en dix ans grâce à une croissance de 3,5% par an, mais que la chercheuse de la Brookings Institution Isabel Sawhill juge irréaliste.