Le président chinois Hu Jintao est attendu mardi en visite d’Etat aux Etats-Unis. Ce sera l’occasion pour Barack Obama et son hôte de refermer la page sur les difficultés de l’année 2010 et de s’afficher en partenaires, et non en rivaux. Mais les Etats-Unis ont aussi une longue liste de revendications à présenter au visiteur chinois.

Hu Jintao arrivera mardi soir à Washington et quittera le pays vendredi après un détour par Chicago. La journée de mercredi sera le temps fort du voyage officiel, avec entretiens bilatéraux et conférence de presse des deux présidents à la Maison Blanche suivis un dîner d’Etat.

Mais, entre les deux premières puissances économiques mondiales, le déficit de confiance est aussi grand que le déficit commercial et le cérémonial ne fera pas oublier leurs nombreux points de désaccord. Barack Obama se dit convaincu que les rapports entre Pékin et Washington seront déterminants pour la marche du monde au XXIe siècle.

Le problème pour les deux pays sera de gérer la transition vers une relation d’égal à égal. Puisqu’elle se déroule en période de sortie de crise économique et sur fond d’inquiétudes environnementale et géopolitique, la visite d’Etat devient, pour les médias américains, la plus importante de ces 30 dernières années.

Il ne faut pas en attendre pour autant de grandes avancées, disent les analystes, estimant qu’il faudra d’abord établir un climat serein entre les deux parties après une année de polémiques sur de multiples sujets: la Corée du Nord, les changes, Internet, les droits de l’homme, le changement climatique, le conflit territorial en mer de Chine méridionale et les exportations de terres rares.

L’imminence du sommet a probablement favorisé la reprise des relations sino-américaines en matière militaire, gelées depuis longtemps. Une pause dans l’escalade verbale et militaire de la Corée du Nord ainsi que le yuan feront aussi l’objet des discussions. La semaine passée, le secrétaire d’Etat au Trésor a exigé que Pékin laisse apprécier sa monnaie pour favoriser un meilleur équilibre dans les échanges commerciaux entre les deux pays. Il a aussi exigé une meilleure protection de la propriété intellectuelle en Chine. Toujours la semaine dernière, l’ambassadeur américain à l’Organisation mondiale du commerce Michael Punke a accusé la Chine de bloquer les négociations du cycle de Doha.

Barack Obama a accordé à son homologue chinois le cérémonial d’une pleine visite d’Etat pour la troisième fois de son mandat, avec dîner d’Etat et salut au canon. Pékin y voit la reconnaissance de son nouveau statut sur la scène internationale.

Appel en faveur de Liu Xiaobo

Washington tâchera d’éviter tout incident. En 2006, un membre du mouvement spirituel Falun Gong, objet d’une répression en Chine, avait interrompu un discours du président chinois. Mais la question des droits de l’homme devrait toutefois être abordée lors des entretiens et de l’apparition publique des deux dirigeants.

Barack Obama a reçu jeudi, pour la première fois, cinq défenseurs des droits de l’homme en Chine. Et Hillary Clinton a réitéré les appels de l’administration américaine en faveur d’une libération du dissident chinois Liu Xiaobo, lauréat l’année dernière du prix Nobel de la paix, et «des nombreux autres prisonniers politiques en Chine». Confrontation «génétique»

Des avancées sont attendues concernant le fonctionnement du G20, qui inclut la Chine et l’Inde au contraire du G8. La reprise éventuelle des négociations à six sur le programme nucléaire de Pyongyang sera évoquée mais les Etats-Unis n’en font pas un baromètre de la réussite du sommet.

Washington ne doit pas s’attendre dans tous les cas à ce que Hu Jintao arrive les bras chargés de concessions, dit Sun Zhe, professeur à l’Université pékinoise de Tsinghua. Il estime que «la confrontation est d’une certaine manière inscrite dans l’ADN des deux pays».

«Les Etats-Unis peuvent présenter toutes les demandes qu’ils souhaiteront, la Chine ne les satisfera que si elles sont en cohérence avec ses intérêts, ou si les Etats-Unis parviennent à démontrer d’une manière ou d’une autre qu’elles peuvent être dans son intérêt», confirme Dean Cheng, spécialiste de la Chine à la Heritage Foundation de Washington.

«L’idée selon laquelle la Chine voudrait remplacer les Etats-Unis et dominer le monde est un mythe», assure pour sa part le conseiller d’Etat Dai Bingguo, principal diplomate chinois, dans un essai paru fin 2010. C’est le message que devrait porter Hu Jintao.