La communauté des marchés doit s’y résoudre. Une fois de plus. Non, les autorités monétaires américaines ne ressortiront pas l’artillerie lourde pour relancer l’activité aux Etats-Unis. Au sortir de deux jours de conclave, Ben Bernanke, et les membres du comité écrivant la politique monétaire américaine, ont indiqué mercredi soir qu’ils se contenteront de maintenir les mesures de soutien à l’économie en place: injections d’argent frais limitées à une opération connue sous le nom de «Twist» ou taux d’intérêt directeurs quasi nuls jusqu’à la fin de 2014. Pas moins. Mais, surtout, pas plus. Même si la Réserve fédérale constate le ralentissement de l’activité américaine au cours de la première partie de l’année. Même si elle dit sa déception de ne pas voir d’avancée sur le front de l’emploi.

La communauté financière exprimait, elle, un autre type de déception hier soir, alors que Wall Street finissait en baisse. Elle espérait plus. Au printemps, il lui avait été conseillé de prendre ses congés estivaux en juillet par ses maîtres à penser: inutile de perdre son temps, le rendez-vous crucial de l’été étant agendé le 1er août. Date probable, à en croire les stratèges, de l’avènement d’un «QE3» remettant toutes les pendules à zéro. C’est-à-dire d’une troisième ère de «quantitative easing». En clair, de la remise en marche par la banque centrale américaine de sa rotative à billets – peut-être pour atteindre un tirage de 600 milliards de dollars – afin d’inonder l’économie d’argent facile. Afin de tenter de réamorcer le circuit des prêts, des emprunts, des investissements. Par le passé, le déclenchement de cette marée montante a surtout fourni aux institutions financières les moyens pour acheter ce qui leur passait sous la main: actions IBM ou contrats sur le cuivre.

En début de semaine encore, beaucoup y croyaient. Et l’euphorie a gagné les marchés lorsqu’ils ont entendu dans les paroles du président de la Banque centrale européenne – «prête à tout» – une intervention similaire, du moins dans l’esprit. Certains n’hésitant pas à voir en ce jeudi ce 2 août un «super Thursday» sur les marchés, par analogie au rendez-vous électoral américain clé du «super Tuesday».

Un problème. Aux Etats-Unis, cette version 3.0 du déluge – après les 1700 milliards du «QE1» de 2008-2009, les 600 milliards du «QE2» de 2010 et le bonus de 700 milliards de l’opération «Twist» – ressemble à une chimère. Agitée depuis un an. Même si les économistes évoquent le prochain conclave de la Fed le 13 septembre.

Surtout, avec une activité insuffisante – la croissance est limitée à 1,5% – pour faire redescendre le chômage de la barre des 8% à laquelle il est accroché depuis plus de trois ans, la banque centrale se doit-elle encore d’administrer ce qu’un économiste appelle «une piqûre de cortisone»? Certains commencent à douter de l’efficacité des injections. Les marchés financiers profitent de cet argent facile. Pas l’économie réelle. «Il est temps pour les décideurs de reconnaître les limites d’une telle politique monétaire accommodante», prévenait vendredi Joseph Carson, économiste chez Alliance Bernstein à New York. La Fed doit donc envisager d’autres traitements.

«Il est temps pour les décideurs de reconnaître les limites d’une telle politique monétaire»