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La Chine a anoncé il y a deux jours des taxes sur 128 produits américains./REUTERS/Aly Song
© ALY SONG

Commerce

Washington publie la liste provisoire des importations chinoises visées par les taxes

La liste provisoire identifie quelque 1300 biens, soit des importations représentant «approximativement 50 milliards de dollars». Elle reste soumise à un processus d’examen d’au moins 30 jours

Washington a porté une nouvelle estocade contre Pékin en publiant mardi une liste provisoire de produits importés susceptibles d’être taxés en représailles «au transfert forcé de technologie américaine et de propriété intellectuelle». Cette liste, qui vise des importations représentant «approximativement 50 milliards de dollars», cible des produits de différents secteurs, dont l’aéronautique, les technologies de l’information et de la communication ou encore la robotique et les machines, a expliqué le représentant américain au commerce (USTR) Robert Lighthizer dans un communiqué.

«La liste proposée de produits est basée sur des analyses économiques fouillées et devrait viser les produits qui profitent aux projets industriels de la Chine tout en minimisant l’impact sur l’économie américaine», a-t-il ajouté.

La liste, dévoilée par le bureau du représentant américain au commerce (USTR), comprend des biens les plus divers: téléviseurs, composants électroniques, produits chimiques, véhicules à moteur ou encore appareils dentaires.

La publication de cette liste ouvre une période de consultation publique qui devrait durer environ deux mois. Après cette phase, l’USTR prévoit d’annoncer sa décision définitive. Une audience publique sur les droits de douane est prévue le 15 mai.

Une réplique chinoise à venir

En réponse, le Ministère chinois du commerce a brocardé dans un communiqué «un comportement totalement infondé, typiquement unilatéraliste et protectionniste, auquel la Chine s’oppose en le condamnant fermement».

L’ambassade de Chine à Washington avait peu avant déjà condamné l’initiative de l’USTR et promis une réaction proportionnelle, tout en soulignant son intention de régler ce différend via l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «Comme le dit le proverbe chinois, il est seulement poli de rendre la pareille», avait-elle écrit.

Selon elle, Pékin utilisera la procédure des règlements des conflits de l’OMC pour y répondre et «prendra des mesures correspondantes de même ampleur et importance contre des produits américains».

Le président Donald Trump a signé le 22 mars «un mémorandum ciblant l’agression économique de la Chine». Il avait alors évoqué des mesures punitives contre des importations chinoises d’un montant pouvant atteindre «60 milliards de dollars» pour mettre un terme à ce qu’il affirme être la concurrence «déloyale» de Pékin et le «vol» de propriété intellectuelle. Il avait missionné l’USTR de lui soumettre une liste provisoire sous quinze jours, soit avant jeudi.

Lire aussi: La guerre commerciale se précise

Les Etats-Unis, dont la compétitivité dépend de leur capacité à innover, ont ouvert en août 2017 une enquête au titre de l’article 301 de leur législation commerciale sur des violations supposées des droits de propriété intellectuelle. Washington s’inquiète en particulier du système de coentreprises imposé par Pékin aux entreprises américaines: en contrepartie d’un accès au marché chinois, ces firmes sont obligées de partager avec des partenaires locaux une partie de leur savoir-faire technologique.

Une escalade des annonces

L’annonce de mardi intervient alors que l’offensive commerciale entre Washington et Pékin était déjà montée d’un cran cette semaine. Le géant asiatique a en effet annoncé lundi avoir pris des mesures de rétorsion contre 128 produits américains, dont des fruits et la viande de porc représentant quelque trois milliards de dollars. Il répondait à l’imposition le 8 mars de taxes américaines de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium.

Donald Trump fait régulièrement du colossal déficit commercial américain (375,2 milliards de dollars en 2017) avec Pékin un cheval de bataille. Il a exhorté les responsables chinois «de réduire, immédiatement, ce déficit de 100 milliards de dollars».

Lire aussi: Guerre commerciale: les Etats-Unis pourraient ne cibler que la Chine

De son côté, Pékin a estimé par la voix de son ministre du Commerce que «la coopération entre la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grandes économies mondiales, est la seule option possible». Le géant asiatique a parallèlement demandé aux Etats-Unis d’abandonner «au plus vite» leurs mesures enfreignant les règles de l’OMC et à cesser ce qu’il a qualifié «d’intimidation économique».

Jusqu’à présent, Pékin a pris soin de ne pas s’attaquer à des produits agricoles majeurs, comme le soja américain, pour qui la Chine est le principal débouché, ou à des compagnies industrielles stratégiques telles que le constructeur aéronautique Boeing. Le conseil économique sino-américain, qui regroupe des entreprises américaines commerçant avec la Chine, a mis en garde mardi contre des actions qui pourraient se traduire par des recours à l’OMC donnant ensuite raison à Pékin.

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