Horlogerie

WatchBox et ses montres d’occasion s’implantent en Suisse

L’entreprise américaine, pilotée par le volubile Danny Govberg, veut démocratiser les montres de seconde main en Suisse. L’ancien patron d’Ulysse Nardin y est associé

Donnez un café à Danny Govberg et il ne s’arrêtera plus. L’homme d’affaires américain, de passage en Suisse fin juin, avoue que «ces petits expressos serrés que vous servez en Europe» décuplent son énergie. Il pourrait dès lors parler des heures entières de son entreprise commercialisant des montres de seconde main, WatchBox. D’autant plus que, dès le mois prochain, cette société possédera une antenne à Neuchâtel. Patrik Hoffmann, ancien directeur général d’Ulysse Nardin, en est le représentant.

Même s’il sévit à Philadelphie (Pennsylvanie), Danny Govberg et sa Panerai personnalisée – le cadran est une peinture représentant sa famille – sont bien connus dans les montagnes horlogères suisses. «Il possède une certaine vista, il a souvent un coup d’avance sur les autres», reconnaît un patron de marque. Un avis partagé par différents observateurs de l’industrie contactés par Le Temps.

Lire aussi:  Patrick Pruniaux: «Ulysse Nardin doit encore accélérer» (11.06.2018)

Son groupe, Govberg Jewelers, est l’un des gros clients des fabricants de montres mécaniques. L’entrepreneur aux 160 employés dit réaliser chaque année un chiffre d’affaires d’environ 120 millions de dollars. Ses boutiques revendent bien entendu des montres neuves – en 2017, pas moins de neuf Greubel Forsey, par exemple, soit presque 10% de la production annuelle de la marque chaux-de-fonnière – mais également des montres de «seconde main». Dans le jargon, on parle de pre-owned watches.

Garantie de quinze mois

C’est ici qu’entre en scène WatchBox, sa filiale qui achète et revend des montres dans le monde entier. «Vous nous envoyez votre montre, le lendemain, vous recevez l’argent. Nous nous occupons de vérifier la pièce, de lui faire un service et de trouver un acheteur», énumère Danny Govberg. Chaque montre est garantie quinze mois. L’Américain joue la carte de la transparence: «Notre marge brute est d’environ 23%», affirme-t-il. Et tout peut se faire via une application pour smartphone.

Aujourd’hui, l’acte d’achat en ligne commence bien avant de consulter le site d’e-commerce

Danny Govberg

Car Danny Govberg le promet, son groupe n’est pas (seulement) un détaillant horloger, mais une véritable «tech company». Et, à terme, il veut devenir l’un des acteurs incontournables de l'e-commerce horloger. «C’est comme avec les réseaux sociaux; au final, il n’y en a qu’une quinzaine qui ont la masse critique pour survivre. WatchBox sera l’une des autoroutes que les clients emprunteront sur le marché du pre-owned

Danny Govberg y met des moyens. Sur son application, il est par exemple possible d’obtenir une estimation de la valeur de sa montre à la revente, la «cote» actuelle de telle ou telle marque et une agrégation de divers contenus produits par des blogs horlogers. Il vient par ailleurs de signer un partenariat avec le magazine spécialisé Revolution mais entend également produire sa propre matière rédactionnelle. Notamment grâce à un studio basé à… Neuchâtel. D’où la nécessité d’ouvrir cette antenne suisse, pour se rapprocher des artisans horlogers et produire local. «Je veux des vidéos de montres; où, ailleurs qu’en Suisse, voudriez-vous que j’aille?»

Marché en pleine effervescence

Créer du contenu devrait permettre à Danny Govberg de resserrer ses liens avec ses clients et, à terme, de renforcer sa plateforme. Car, «aujourd’hui, l’acte d’achat en ligne commence bien avant de consulter le site d’e-commerce, assure-t-il. Il faut que la relation de confiance soit déjà solidement établie avant d’en arriver là.»

Danny Govberg n’est pas seul sur ce créneau. L’horlogerie de seconde main est même un marché en pleine effervescence. Début juin, le groupe de luxe Richemont (propriétaire de Cartier, Jaeger-LeCoultre ou Vacheron Constantin) s’est par exemple offert la plateforme britannique de montres d’occasion Watchfinder et ses 200 employés. En fin d’année dernière, c’est le détaillant lucernois Bucherer qui, en rachetant son concurrent Tourneau et ses 28 points de vente aux Etats-Unis, glissait un premier pied sur le marché de la montre déjà portée. Même l’horloger genevois Max Büsser s’y est mis, en annonçant début juillet la mise en place d’une plateforme de certification pour ses montres déjà en circulation.

Lire aussi: Bucherer, la PME lucernoise devenue multinationale

Pas de quoi inquiéter Danny Govberg, pourtant petit indépendant face à des mastodontes. «Demandez-vous pourquoi Johann Rupert [le propriétaire de Richemont, ndlr] vient de poser un paquet de millions sur la table pour investir ce marché ou pourquoi Bucherer deviendra d’ici cinq ans l’un des plus puissants revendeurs du marché de seconde main… Le fait que les plus gros s’y mettent est une excellente nouvelle», se réjouit-il.

Sa réflexion est la suivante: quand le pre-owned se sera complètement banalisé, les milliers de détaillants horlogers indépendants devront, eux aussi, trouver une solution pour fournir cette possibilité à leurs clients. «Ce jour-là, je frapperai à leur porte et je leur dirai que j’ai une solution toute prête pour les aider», sourit l’homme d’affaires.

Publicité