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Wave, le programme qui veut changer la place des femmes dans la tech

L’association #BUILTBYGIRLS considère que le manque de réseau explique en partie la sous-représentation des femmes dans la tech. Sa plateforme Wave met en relation de jeunes femmes avec des mentors de l’industrie

Il n’y a pas à chercher très longtemps pour trouver un exemple des difficultés que les femmes peuvent rencontrer dans le monde de la tech. Mi-février, Tannen Campbell a décidé d’attaquer en justice Magic Leap. D’après la plainte de Campbell, la société floridienne qui travaille sur la réalité augmentée, l’avait embauchée comme vice-présidente du marketing pour régler deux problèmes: le manque de femmes parmi les salariés et le fait que son casque de réalité augmentée ne plaisait pas aux femmes.

Campbell dit avoir proposé à son patron de s’engager entre autres à payer un salaire égal indépendamment du sexe et d’admettre le degré de misogynie au sein de l’entreprise. Elle a été renvoyée en décembre et poursuit aujourd’hui Magic Leap, valorisée à plus de 4 milliards de dollars, pour discrimination.

Ce n’est pas forcément le type d’affaire que pourra régler le programme Wave lancé par l’association #BUILTBYGIRLS mais à terme, c’est certainement une situation qu’il pourra éviter. A condition que le programme soit une réussite. Wave met en relation des lycéennes de 15 à 18 ans avec des mentors dans la tech. Le tutorat s’étale sur un an avec un mentor différent tous les trois mois.

Elargir les horizons des jeunes filles

La jeune femme et son tuteur se retrouvent mensuellement pour un rendez-vous d’une heure. Une application mobile guide la discussion pour éviter ce que #BUILTBYGIRLS appelle des «silences gênants». Ensemble, ils doivent travaillent sur un projet fictif destiné à servir l’entreprise où se tiennent les rencontres. «Ce n’est pas un tutorat classique. Nous ne croyons pas aux discussions autour d’un café» résume pour Le Temps Danielle Letayf, en charge des programmes et des communautés chez #BUILTBYGIRLS.

L’association «aide les jeunes femmes à prendre une longueur d’avance, à mettre un pied dans l’économie de la tech», assure-t-elle. L’idée est d’«élargir leurs horizons quant aux possibilités d’une carrière dans le secteur et de les armer avec les outils nécessaires pour en faire des rock stars dès leur premier emploi.»

C’est Nisha Dua, une partenaire chez BBG Ventures, qui a fondé #BUILTBYGIRLS. L’an dernier, la collaboration avec la First Lady Michelle Obama sur le Let Girls Build Challenge (laisser les filles construire) a donné de la crédibilité à la jeune organisation. Le défi en question consistait à trouver via la technologie des solutions pour les 62 millions de jeunes filles privées d’éducation dans le monde.

Seuls 18% des métiers de l’informatique sont occupés par des femmes, un taux en nette baisse comparé aux années 80. De nombreuses organisations tentent donc d’inviter les jeunes filles à coder, une activité encore souvent associée aux garçons. Wave se concentre sur un autre enjeu: construire un réseau. A l’issue des trois mois de collaboration, chaque tuteur met son élève en contact avec deux autres employés de la tech.

20 000 jeunes filles dans le programme en 2020

«Wave est née d’une révélation très personnelle de notre côté», explique Danielle Letayf. «Les meilleurs boulots que l’on a eus, et les meilleurs candidats à un poste que l’on a reçus ont tous été recommandés».

Pour le moment, le programme n’est qu’en phase Beta à New York. #BUILTBYGIRLS espère l’étendre rapidement à San Francisco et la Silicon Valley. En attendant, Uber, Spotify, Giphy, ou encore Dots font déjà partie des entreprises partenaires.

Wave devrait mettre en relation 1000 élèves et 1000 tuteurs dès la fin de l’année. «Notre plan est d’offrir un accès national pour que les filles et les professionnels de la tech dans tout le pays aient l’occasion de joindre ce club d’un nouveau genre», s’enthousiasme Danielle Letayf. «D’après nos calculs, en 2020, nous aurons 20 000 participantes en contact avec plus de 90 000 professionnels dans quelques-unes des entreprises de la tech les plus influentes du monde.»

Selon une étude du Center for Talent Innovation, une femme a 45% de chances de plus qu’un homme de quitter le monde de la tech après un an. Une culture hostile aux femmes en serait la cause principale. Une culture que la vague préparée par #BUILTBYGIRLS pourrait faire évoluer.

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