Technologie

WeChat, l’application chinoise à tout faire

WeChat permet d’envoyer des messages ou de téléphoner, mais aussi de commander un taxi, de réserver une table dans un restaurant ou d’acheter des produits financiers. En Chine, elle est devenue incontournable. Elle y compte déjà 864 millions d’utilisateurs

Problème: j’ai besoin d’une nouvelle brosse à dents. Du coup, je me rends dans une droguerie à Central, un quartier au coeur de Hong Kong. Je choisis mon nouvel outil et je me dirige vers la caisse. Sauf que je ne sors pas mon porte-monnaie. Je saisis mon smartphone, j’ouvre l’app WeChat et je montre un QR code à la caissière, qu’elle scanne promptement. La machine fait «bip-bip». La transaction est acceptée.

Plus tard, j’ai rendez-vous avec Erin, un petit blond qui travaille dans le marketing à Pékin. Il ne me tend pas sa carte de visite. A la place, il ouvre WeChat et me montre son smartphone. Je scanne le QR code qui apparaît sur son écran et mon téléphone enregistre ses coordonnées automatiquement. Nous pourrons désormais nous écrire des messages, nous appeler, voir les photos et les statuts que nous publions sur nos murs virtuels respectifs ou encore nous envoyer de l’argent. Un coup d’oeil sur son profil me montre qu’Erin est allé skier récemment dans le nord de la Chine – sympa.

864 millions d’utilisateurs

WeChat est l’app la plus utilisée de Chine. Aujourd’hui, elle compte 864 millions d’utilisateurs. Les internautes chinois y consacrent 30% du temps qu’ils passent en ligne et, en moyenne, l’utilisent 10 fois par jour. Créé en 2011, WeChat n’était à l’origine qu’un simple système de messagerie, similaire à Whatsapp. Mais, dès 2013, WeChat a commencé à ajouter des fonctionnalités supplémentaires, la transformant en app couteau suisse qui permet de presque tout faire.

Lire aussi: Les messageries se transforment en couteaux suisses

Aujourd’hui, les usagers de WeChat s’en servent pour organiser l’ensemble de leur vie. Par exemple: je veux me déplacer, alors je commande un taxi à la demande via WeChat. Ou mieux, je décide de louer une Tesla avec un chauffeur. Une fois dans la voiture, je décide de traverser Hong Kong pour aller au Ritz, où je prends l’afternoon tea. La table est réservée via WeChat. La facture est elle aussi réglée par ce biais. Une fois rassasié de macarons et de scones britanniques, l’envie me prend d’aller faire une croisière sur une jonque traditionnelle chinoise. Mon siège sur le navire est réservé grâce à WeChat.

Réserver une chambre

Et ce n’est qu’un exemple. Le nombre de fonctions intégrées à WeChat donne le tournis: l’app permet de réserver une chambre d’hôtel, d’investir dans un fonds d’investissement, de faire des rencontres amoureuses, de réserver une consultation chez un médecin ou encore de payer une facture d’électricité.

WeChat a ainsi réussi à réunir Facebook, Google, Amazon, Tinder, Instagram, Snapchat ou encore Venmo en une seule et même app. «L’objectif est d’avoir un usager de smartphone captif, qui n’utilise plus que cette unique app, explique une analyste hongkongaise spécialisée en technologie. Cette vision a permis à WeChat d’éliminer tous ses concurrents.»

Pour de nombreux d’experts, l’app chinoise est plus sophistiquée que celles de ses pairs occidentaux. Une idée qui choque à l’ouest, où la Chine est toujours perçue comme le pays de la copie mal fagotée. David Marcus, qui dirige Facebook Messenger, a concédé qu’il trouvait l’app «inspirante». Le service de messagerie du géant américain a d’ailleurs commencé à imiter WeChat, incorporant en avril dernier une fonction qui permet d’ajouter les coordonnées de ses amis à l’aide d’un QR code.

Aucune concurrence

Mais comment la firme a-t-elle réussi à concevoir un produit aussi abouti? Premièrement, l’app a vu le jour dans un univers quasiment dénué de concurrence, la plupart des firmes tech occidentales – dont Facebook, Instagram et Snapchat – n’ayant pas le droit d’opérer en Chine. Deuxièmement, WeChat est l’oeuvre de Tencent, l’une des plus importantes sociétés tech de Chine aux côtés du géant de l’e-commerce Alibaba et du moteur de recherche Baidu. Cette dernière a adopté un modèle de recherche & développement original: «Elle a créé plusieurs entités à l’interne et les a mises en compétition les unes avec les autres afin de faire émerger la meilleure app de messagerie», détaille Michael Yeo, un analyste pour IDC Research.

WeChat cherche aujourd’hui à exporter son app à l’étranger. Une version simplifiée est déjà disponible sur la scène internationale depuis 2013. Les fonctionnalités plus complexes ne sont pour l’instant arrivées qu’en Afrique du Sud. «Mais les internautes occidentaux sont moins réceptifs à ce genre de services, explique Michael Yeo. Ils se méfient des plates-formes informatiques qui permettent de faire trop de choses en même temps pour des questions de vie privée et de partage des données.»

Censure hors de Chine

L’arrivée de WeChat à l’étranger inquiète en outre la communauté tech. Une nouvelle étude de l’Université de Toronto publiée fin novembre a révélé que WeChat censurait les messages de ses utilisateurs hors de Chine. «Il suffit qu’une carte sim chinoise ait été insérée une fois dans le téléphone pour que ce système s’enclenche, explique Masashi Crete-Nishihata, un chercheur qui a participé à cette étude. Et des mots tels que «révolte de Tiananmen"ou «indépendance Tibet" bloquent l’envoi des messages sans que l’utilisateur ne le sache.»

En Chine, l’app soulève également de nombreuses inquiétudes. WeChat est soumise à la censure du gouvernement et partage les nombreuses données qu’elle récolte sur ses usagers avec Pékin. L’activiste des droits humains Hu Jia a notamment accusé le gouvernement de surveiller ses activités grâce à l’app. «Nous ne connaissons pas exactement le fonctionnement du système de partage de données, c’est une véritable boîte noire, explique Masashi Crete-Nishihata, Mais avant d’utiliser l’app, chaque utilisateur doit se demander attentivement qui se trouve derrière ce produit et avec qui il va partager ses informations.»

Publicité