Technologie

WeChat, l’application chinoise qui ringardise déjà la libra de Facebook

L’application chinoise est nettement en avance sur le réseau social américain, notamment pour les paiements

A Shenzhen, au siège de Tencent, la direction du géant de la tech doit observer d’un œil amusé l’agitation du monde occidental autour de la libra de Facebook. Car l’application chinoise WeChat offre une palette de services d’une richesse à faire pâlir d’envie Mark Zuckerberg. Paiements, réservations, virements financiers, messagerie, rendez-vous chez le médecin: WeChat est d’une puissance sans équivalent sur la planète.

Lancée en 2011, l’application a immédiatement bénéficié de trois facteurs de choix: un soutien du gouvernement, l’absence de Facebook ou de Google du pays et, bien sûr, l’immensité du marché chinois. En l’espace d’un an, WeChat vient de passer de 1 milliard d’utilisateurs se connectant chaque mois à 1 milliard se connectant chaque… jour. Ces personnes s’envoient certes 45 milliards de messages quotidiennement et effectuent 410 millions d’appels. Mais, surtout, ils consomment. Via des accords avec la majorité des instituts financiers, dont Visa, MasterCard et JCB, l’application permet d’effectuer tout type de paiement d’un clic, en liant aussi son compte WeChat à une carte de débit.

Lire notre éditorial: Libra et les risques du paiement en un clic


Des applications dans une application

Il suffit par exemple aujourd’hui de scanner, avec son smartphone, le code QR d’une addition au restaurant pour la régler immédiatement. WeChat, qui permet aussi de payer dans les plus grandes villes ses factures d’électricité et ses billets de bus, devient plus puissant encore en avalant les applications tierces: Tencent a permis à des développeurs de créer des centaines de milliers d’apps au sein même de WeChat, qui devient ainsi internet à lui seul. Payer via la reconnaissance faciale devient aussi de plus en plus courant avec WeChat ou son concurrent Alipay.

Pour Marc Bernegger, investisseur dans les fintechs et entrepreneur, parallèlement à WeChat, «il y a en Asie d’autres acteurs, tels Alipay et Line Pay, qui sont nettement en avance par rapport à ce qui se fait en Occident. Ils sont loin devant Facebook en matière de paiements, et le fait que le réseau social américain intègre sa propre solution dans Messenger augmentera la concurrence.» Et pourquoi toutes les applications de messagerie se mettent-elles aux paiements? «C’est tout à fait logique: elles possèdent une base d’utilisateurs actifs solide et peuvent activer instantanément de nouvelles sources de revenus.»


A propos de la libra


Exportation réussie

Tencent a réussi à exporter WeChat dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, là où se trouvent d’importantes communautés chinoises. La société a aussi noué un accord avec la société kényane M-Pesa, pionnière des paiements mobiles en Afrique, pour faciliter les échanges d’argent entre les utilisateurs.

WeChat, qui tente de percer en Europe, n’a pas encore lancé ses services financiers en Suisse, où Twint demeure le champion national. La société revendique désormais 1,5 million d’utilisateurs enregistrés qui effectuent 3 millions de transactions par mois. Le service, qui permet de régler ses achats physiques, mais aussi via internet, permet également de s’envoyer de l’argent entre amis. Mais ce n’est désormais plus l’utilisation la plus fréquente, affirme la société, qui déclare que plus de la moitié de toutes les transactions sont utilisées dans les points de vente ou dans le commerce électronique.

Concurrence accrue en Suisse

Twint aura depuis ce mercredi un nouveau concurrent en Suisse, puisque le service Samsung Pay est aussi proposé aux clients de Viseca. A long terme, Twint pourrait être utilisé à l’étranger, avance la société: «Il existe des systèmes similaires dans de nombreux pays, qui s’intéressent à une collaboration avec Twint», affirme un porte-parole.

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