Ce n’est pas dans les gigantesques hangars d’Airbus que le ralentissement se ressent. Alors qu’un groupe de participants curieux du Forum économique mondial (WEF) de Tianjin visitait cette semaine l’usine du constructeur aéronautique, l’assemblage final des A320 continuait à la même cadence.

Tentant de couvrir le bruit des machines, le patron de l’usine explique les dernières manipulations à faire avant d’envoyer l’avion à la dernière étape avant la livraison, la peinture. Tout y est minutieusement réalisé.

Avec un succès tel que le groupe a décidé de dépenser 150 millions de dollars pour étendre sa production en Chine. Une nouvelle usine devrait voir le jour en 2017, un peu moins de dix après la première, pour assembler des A330, à destination du marché asiatique.

Appétit insatiable des consommateurs

Airbus, comme son concurrent américain Boeing, espère livrer une centaine d’avions chaque année en Chine, dont la moitié sont finalisés à Tianjin. Car la demande est loin de se tarir. Selon des estimations de la banque HSBC, cité par le Financial Times, le trafic de passagers devrait augmenter de 12% cette année en Chine, un ralentissement si on le compare aux 14% enregistrés en moyenne entre 2010 et 2014. Mais environ le double de la croissance prévue pour l’économie dans son ensemble.

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Lors du «Davos d’été», qui s’est tenu du 26 au 28 juin, dans la ville industrielle du nord de la Chine, le risque de déraillement de l’économie chinoise a été le thème de nombre de débats, éclipsant parfois, avec le «Brexit», l’autre sujet central de la conférence: la 4e révolution industrielle et ses effets. Mais si les participants en ont parlé, c’était pour mieux le relativiser, un exercice d’autant plus facile dans une ville, située à 117 km et à une demie heure de train de Pékin, qui a profité d’une croissance de 9%, l’an dernier, largement supérieure à la moyenne nationale.

Pas d'atterrissage forcé

Invité vedette de la manifestation, le Premier ministre chinois a souligné les nouvelles encourageantes: le nombre de nouvelles entreprises croit plus vite qu’au cours des deux dernières années, la croissance de la consommation internet compense le recul des exportations et les services sont désormais le plus important secteur de l’économie, a-t-il argumenté. «L’économie chinoise ne va pas subir un atterrissage forcé, nous sommes capables d’atteindre nos objectifs pour cette année. Les perspectives sont brillantes», a-t-il assuré, rappelant que l’objectif de croissance serait atteint (entre 6,5% et 7%).

Le responsable n’a pas nié l’existence de difficultés – surcapacités dans l’industrie, nécessité de rendre la gouvernance plus efficace, réformes structurelles, dont le renouveau des entreprises d’État – mais «le fait de les affronter et de les avoir admises montre que nous avons la détermination pour les vaincre», a-t-il asséné.

5000 nouvelles fintech en 2015

Des patrons étrangers aux dirigeants chinois, tous ont félicité la Chine pour les réformes entreprises, mis l’accent sur les opportunités qu’offrent des consommateurs dont l’appétit n’a pas faibli avec le ralentissement et les capacités d’innovation du pays. Certains domaines sont à la pointe, en particulier la fintech où l’an dernier, 5000 nouvelles entreprises sont entrées sur le marché, a souligné Mio Takaoka, l’un des responsable du groupe financier japonais Monex.

Pour Xu Shaoshi, président de la National Development and Reform Commission, l’agence responsable de la gestion macroéconomique de la Chine, le pays a fait des progrès significatifs pour transformer son modèle économique, moins dépendant des exportations, se reposant davantage sur la consommation et les services, avec une croissance toujours plus tirée par l’innovation et la technologie. «La consommation dépasse maintenant l’investissement», a-t-il rappelé et si la nouvelle économie ne compense pas encore tout à fait les difficultés de l’industrie et des exportations, «avec les nouvelles industries et les modèles d’affaires émergents, tout le monde travaille pour l’innovation».

A Tianjin où les chantiers s’étendent toujours sur des kilomètres et où les immeubles semblent pouvoir monter jusqu’au ciel, où la circulation envahit et encombre les routes sans relâche, il était plus facile de voir le potentiel et que les difficulté. Parmi les rares voies dissonantes, certains ont voulu souligner la montagnes de dettes, qui écrasent les entreprises, et l’opacité du secteur financier qui empêche de déterminer l’ampleur du problème. «La dette est contrôlable et gérable, contrairement à ce que prétendent certains médias», a défendu Xu Shaoshi. D’autant plus si la croissance continue.


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