Analyse

Comment le WEF a tenté de se reconnecter

L’édition 2017 du Forum économique de Davos a décrypté le nouvel ordre international créé par les deux chocs politiques qu’il n’avait pas vu venir l’an dernier, le Brexit et Donald Trump

Il est assez ironique que le Forum économique de Davos, qui s’est achevé vendredi, ait été si largement consacré au Brexit et à l’élection de Donald Trump, un an après les avoir si majestueusement classés comme hautement improbables. Critiqué pour ne pas avoir perçu le fossé entre les «élites» et les «vrais gens», ou pour l’avoir amplifié, voire incarné, le rendez-vous grison a voulu rattraper son retard cette semaine.

Lire aussi notre éditorial: Davos, indispensable phare de la mondialisation

Se positionner sur le nouvel échiquier mondial

Plusieurs conférences ont tenté d’expliquer comment les observateurs éclairés omniprésents à Davos et les médias sont passés à côté de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et de la victoire de l’homme d’affaires new-yorkais. Ces tentatives n’ont pas toujours été convaincantes. Mais l’essentiel était ailleurs: l’avenir.

Les têtes d’affiche du WEF 2017 sont venues se positionner sur le nouvel échiquier mondial. La Chine veut y occuper une position centrale, a affirmé Xi Jinping en ouverture du forum. Le président chinois s’est fait un surprenant défenseur du libre-échange et de la mondialisation. A maints égards, son discours aurait pu être celui d’un dirigeant américain.

La carte de l’apaisement

Cela tombait bien, puisque Donald Trump, occupé à prêter serment vendredi, n’était évidemment pas présent à Davos. Son unique conseiller à avoir fait le déplacement, Anthony Scaramucci, a joué la carte de l’apaisement, répétant que le président qu’il connaît n’est pas celui que l’on imagine ou craint. Sans que l’on en apprenne davantage sur le nouvel occupant de la Maison-Blanche

Lire aussi: Xi Jinping donne une leçon de mondialisation

Autre moment fort du WEF, le discours de Theresa May a tourné au numéro d’équilibrisme de haut vol, jeudi. Défendant le concept de «Global Britain», la première ministre britannique a voulu rassurer sa population et les investisseurs, instaurer une relation de confiance avec ses partenaires internationaux et donner envie aux Indiens ou aux Américains de négocier avec elle.

Sans en dévoiler davantage que deux jours plus tôt à Londres, et en se positionnant comme un acteur clé alors qu’elle se trouve dans une situation fragile, sans majorité forte face à l’immense inconnue que représente le Brexit. Une dame d’acier dans des mocassins léopard.

Lire aussi: Theresa May veut être globale, pas européenne

Trop tôt pour savoir si le Brexit bénéficiera à la Suisse

On n’a pas appris à Davos si cette nouvelle donne bénéficiera à la Suisse dans sa recherche d’un accord institutionnel avec l’Union européenne. Il est simplement trop tôt pour le dire. Si la Grande-Bretagne veut seulement un accord de libre-échange avec l’Europe, elle n’a pas besoin d’un accord institutionnel. Dans ce cas, les travaux à venir entre Bruxelles et Londres, qui pourraient durer jusqu’à dix ans, a-t-on entendu à Davos, n’aideront pas la Suisse.

Si au contraire, Theresa May souhaite que les banques de la City conservent leur passeport européen, les planètes seraient mieux alignées pour Berne, qui mènerait le même combat face à Bruxelles.

Le WEF s’est également penché sur les autres facettes de cette nouvelle ère fascinante car terriblement indécise. L’influence des nouvelles technologies a été analysée dans la santé, l’éducation, l’environnement, les transports, etc. Les participants au Forum y ont vu des opportunités, là où des millions de travailleurs moins bien formés ressentent des menaces. De 4 à 5 millions de postes seraient accaparés par des robots dans les seuls Etats-Unis à brève échéance.

Millions d’individus fragilisés

Cette année, les intervenants du WEF 2017 ont pris acte de la colère de ces millions d’individus qui se sentent fragilisés par le progrès ou abandonnés par leurs dirigeants. De nombreux orateurs ont plaidé pour une croissance «inclusive», qui bénéficierait à un plus grand nombre.

Lire aussi: Oxfam dénonce la concentration «indécente» de la richesse

Ce 47e Forum économique s’est justement tenu à un moment où l’économie mondiale va bien et devrait accélérer encore dans les douze prochains mois, selon le consensus du WEF. A moins que le protectionnisme prévu par Donald Trump ne déclenche une guerre commerciale et un ralentissement des échanges. A moins que la hausse du dollar n’asphyxie les pays émergents qui se sont largement endettés en billets verts et qui n’ont toujours pas dépassé un modèle économique reposant sur une main-d’œuvre bon marché.

Au dernier jour du forum, ces scénarios ont été discutés et présentés comme des «black swans», des événements hautement improbables. On verra dans un an si le WEF a retissé son lien avec le monde extérieur. En attendant, les Grisons ont retrouvé leur rassurante sérénité enneigée.


George Soros traite Donald Trump d’«imposteur»

Les marchés ne vont pas bien se porter en 2017, car Donald Trump est un «imposteur et un apprenti dictateur qui dirige le monde vers une guerre commerciale», a prédit George Soros jeudi soir à Davos, devant quelque 150 invités, dont Le Temps. Le légendaire investisseur, qui a soutenu Hillary Clinton, estime que le nouveau président américain va «échouer, à cause de ses idées contradictoires et parce que ses conseillers vont entrer en conflit avec les membres de son cabinet.»

L’incertitude se trouve à «un sommet et elle est l’ennemi de l’investissement à long terme», a argumenté le financier de 86 ans, qui était interviewé en direct par Bloomberg TV durant le dîner. Soros a perdu près d’un milliard de dollars suite à l’élection de Donald Trump, selon le Wall Street Journal. Le financier d’origine hongroise a pris des positions défensives immédiatement après le verdict des urnes, alors que les marchés se sont orientés à la hausse.

UE: risque de désintégration

Il prévoit également que la première ministre Theresa May ne restera pas longtemps en poste, que les négociations sur le Brexit n’apporteront pas de résultats clairs et que l’économie britannique va se détériorer.

Plus tôt dans la semaine, Soros avait affirmé dans un long texte que l’Union européenne risquait de se désintégrer. Une position qu’il a assouplie jeudi soir: l’UE va se maintenir, car la Chine en a besoin pour écouler ses produits et la Russie en a besoin pour produire ce qu’elle ne peut pas produire. «Mais passer sous la domination de la Russie de Poutine ne serait pas beaucoup mieux que de se désintégrer», a conclu l’investisseur.

(S.R.)

Publicité