Ils se sont battus pour faire tomber Wegelin et pour obtenir leur récompense. Un couple d’Allemands recevra 17,8 millions de dollars (17,5 millions de francs) pour leur rôle dans la chute de Wegelin. Dans une opération digne de films d’espionnage, ils avaient attiré aux Etats-Unis un cadre de l’ex-plus ancienne banque de Suisse, où il sera arrêté et fournira des informations capitales. Entre appât du gain, micros espions défectueux et amour du triathlon.

La chute de Wegelin s’est jouée entre Londres et la Floride, où réside le couple d’Allemands passés en début de mois du statut de blanchisseurs présumés à celui de lanceurs d’alerte récompensés. Arrêté et incarcéré en 2009 dans une affaire de CD piratés, l’homme décide de coopérer avec le FBI et le fisc américain afin d’atténuer sa peine. A l’aide de sa femme, il s’engage en 2010 à fournir des informations sur les entités qu’il utilisait dans ses activités illégales, dont Wegelin.

Il attirera sur le sol américain un cadre de la vénérable banque privée saint-galloise qu’il décrit comme «faible», «cupide» et volontiers «malveillant», peut-on lire dans l’un des jugements ayant sanctionné cette affaire.

Quarante mille dollars lui sont donc proposés afin qu’il aide le couple allemand à transférer 1,2 million de dollars non déclaré et déposé aux Bahamas vers un nouveau compte qui serait ouvert au nom d’un complice. L’appât doit être alléchant, puisque Wegelin, se sachant dans le viseur américain, avait à l’époque interdit à ses employés de voyager aux Etats-Unis.

Au milieu des agents secrets

Les détails de l’opération seront finalisés dans les salons d’un hôtel londonien en février 2010. Equipée de deux micros espions et entourée d’une dizaine d’agents secrets américains et britanniques en civil, la femme de l’homme d’affaires allemand parvient plus ou moins adroitement à faire dire à son interlocuteur qu’il sait que l’argent est d’origine louche et qu’il n’a pas été déclaré. Quelques semaines plus tard, le banquier suisse rencontre dans le même hôtel le détenteur officiel du nouveau compte, en réalité un agent des services anglais.

Partagent la même passion pour le triathlon, les deux hommes s’entendent parfaitement et décident même de participer ensemble à une compétition prochainement organisée aux îles Caïmans. Cette fois, la conversation n’est pas enregistrée, les deux micros espions étant mystérieusement tombés en panne.

La chute du triathlète

Le triathlon provoquera la chute du banquier suisse, qui accepte de faire escale en Floride lors de son voyage vers les Caïmans, afin de recevoir un premier paiement de 15 000 dollars en liquide. Arrêté dès son arrivée, il accepte de collaborer avec les autorités américaines. Puis informe l’un des associés de Wegelin, à son retour en Suisse, une semaine plus tard. Apprenant ce revirement, les agents américains chargent l’Allemand de convaincre le banquier suisse de coopérer. Ce qu’il parvient à faire au cours d’une réunion décrite comme tendue.

Sur la base de ses informations, Wegelin sera accusée d’avoir aidé des contribuables américains à dissimuler 1,2 milliard de dollars. Après avoir cédé ses activités à Raiffeisen début 2012, la banque paiera 74 millions de dollars afin de mettre fin aux poursuites américaines en 2013.

Le couple allemand, lui, recevra un message électronique intitulé «GREAT JOB» (super travail) de la part du chef des enquêteurs américains. Puis 18 millions de dollars, la semaine dernière. En 2015, 99 lanceurs d’alerte ont encaissé un total de 103,5 millions de dollars de récompense aux Etats-Unis.