Depuis quelques jours, les plus de 2 milliards d’utilisateurs de WhatsApp voient régulièrement apparaître un message déstabilisant lorsqu’ils ouvrent l’application. Sur leur écran s’affiche un avertissement intitulé: «Les conditions d’utilisation et la politique de confidentialité de WhatsApp vont être mises à jour.» Et en bas de cet écran, écrit en tout petit, le service de messagerie donne un délai: «En appuyant sur «accepter», vous acceptez les nouvelles conditions et politique de confidentialité, qui entreront en vigueur le 8 février 2021. Après cette date, il vous faudra accepter ces mises à jour pour continuer à utiliser WhatsApp.»

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En résumé: si vous ne donnez pas votre accord en cliquant sur le grand bouton «Accepter» d’ici au 8 février, WhatsApp deviendra inutilisable sur votre téléphone. Mais que signifient, pour nous, les nouvelles conditions d’utilisation? Et à quelle sauce les Suisses seront-ils mangés? Voici ce qu’il faut savoir avant de donner son feu vert à WhatsApp.

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Partage massif de données

D’abord, un peu de contexte. WhatsApp a été racheté par Facebook il y a bientôt sept ans, le 19 février 2014. Le réseau dirigé par Mark Zuckerberg débourse alors environ 22 milliards de dollars pour acheter une messagerie en forte croissance, affichant alors environ 450 millions d’utilisateurs. Ils sont aujourd’hui 2,2 milliards sur la planète. Facebook a énormément hésité sur les moyens de gagner de l’argent grâce à cette clientèle gigantesque, de peur de faire fuir ces utilisateurs vers d’autres messageries. Il n’y a pas de publicité au sein de WhatsApp, mais Facebook veut permettre aux entreprises de communiquer de mieux en mieux avec leurs clients via sa messagerie, et de leur vendre ensuite des produits.

Cette mise à jour des conditions d’utilisation s’inscrit dans ce cadre. Et WhatsApp fait une différence majeure entre les utilisateurs protégés par le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et les autres. Car pour ceux qui ne vivent pas dans un pays où le RGPD est en vigueur, WhatsApp partagera beaucoup de données avec Facebook: numéro de téléphone, adresse IP, pseudo, niveau de la batterie, force du signal, version de l’app, informations sur le navigateur, réseau mobile utilisé… Le transfert de données vers Facebook s’annonce massif.

Protection pour les Suisses

Les utilisateurs suisses de WhatsApp sont soumis à un régime spécial: Facebook a décidé (alors qu'il n'en avait pas l'obligation) qu'ils sont protégés par le RGPD, comme tous les utilisateurs résidant dans des pays de l’Union européenne, comme le confirme un porte-parole de l’entreprise au Temps: «Il n’y a pas de changement dans les pratiques de partage de données de WhatsApp dans la région européenne (y compris la Suisse) découlant de la mise à jour des conditions d’utilisation et de la politique de confidentialité. Pour lever tout doute, WhatsApp ne partage pas les données de ses utilisateurs de la région européenne avec Facebook dans le but que ce dernier utilise ces données pour améliorer ses produits ou ses publicités.»

Donc dans la région européenne, Suisse y compris, les seuls changements annoncés concernent les entreprises. «Afin d’accroître la transparence, nous avons mis à jour la politique de confidentialité pour décrire que les entreprises peuvent désormais choisir de recevoir des services d’hébergement sécurisés de notre société mère Facebook pour les aider à gérer leur communication avec leurs clients sur WhatsApp», poursuit le porte-parole. Il est aussi possible que dans les mois à venir, les utilisateurs de WhatsApp reçoivent une alerte si l’entreprise avec laquelle ils communiquent utilise les services d’hébergement de Facebook.

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Signal, Threema, Telegram…

Il faudra suivre avec précision, ces prochains mois, l’évolution des rapports entre WhatsApp et Facebook, ce dernier étant très intéressé par l’obtention d’un maximum de données de la part du service de messagerie. Mais actuellement, par la volonté de Facebook, le RGPD semble protéger dans ce cas unique efficacement les utilisateurs helvétiques, même si la Suisse est hors de l’Union européenne.

Au niveau mondial, cette nouvelle pratique de WhatsApp a vu des personnalités comme Elon Musk et Edward Snowden lancer des appels pour résilier les comptes de cette messagerie pour s’orienter vers ses services alternatifs, comme Signal (qui a semble-t-il été débordé par l’afflux de nouveaux utilisateurs) ou Telegram. L’application suisse Threema, hautement sécurisée, est aussi une messagerie intéressante.