Technologie

WhatsApp tente de lutter contre les rumeurs qui tuent

Il sera moins facile de transférer des messages à de nombreux correspondants. Mais il n’est pas certain que la lutte contre les «fake news» soit ainsi renforcée

WhatsApp tente de prendre des mesures contre la propagation des fake news. Le service californien de messagerie sur smartphone a annoncé au début de cette semaine une restriction: il n’est désormais plus possible de transférer, en une fois, un message à plus de cinq personnes. Mais l’efficacité de cette mesure reste encore à démontrer.

La filiale de Facebook avait déjà pris cette mesure sur le marché indien en juin dernier. Depuis des mois, WhatsApp était accusé de favoriser la diffusion de rumeurs ayant entraîné la mort d’une vingtaine de personnes. Celles-ci, notamment soupçonnées d’avoir kidnappé des enfants, avaient été lynchées par des foules en colère dans plusieurs Etats de l’Inde. Désormais, la limite sur le transfert des messages s’applique au niveau mondial. Cette mesure concerne les utilisateurs de la dernière version de WhatsApp. Auparavant, un utilisateur pouvait partager un message jusqu’à vingt fois.

Sous pression

Le service de messagerie avait été mis sous pression en 2018 par le gouvernement indien, qui l’avait sommé de trouver une solution. WhatsApp avait déjà publié des pleines pages d’annonces dans certains journaux indiens pour alerter les lecteurs sur le danger de colporter des rumeurs. L’Inde est le marché le plus important pour WhatsApp, avec 200 millions d''utilisateurs. La société américaine souhaite lancer prochainement dans le pays un service de paiement par smartphone.

Lire aussi: WhatsApp face aux lynchages

Floriane Zaslavsky, auteure d’une thèse sur le développement d’internet en Inde et les mouvements sociaux, est dubitative à l’égard de la mesure annoncée cette semaine. «WhatsApp facilite les violences en réunion et la propagation d’images de ces violences, explique la chercheuse française. Mais il s’agit aussi d’un réseau qui facilite la mise en contact et les liens entre membres de communautés marginalisées, l’organisation de mouvements de protestation, la diffusion d’images de terrain qui permettent justement de contrer la propagation de fake news qui circulent parfois dans les journaux.»

«Ne pas s’en féliciter»

La décision de WhatsApp pourrait avoir des conséquences négatives, selon Floriane Zaslavsky. «Il s’agit en réalité d’une mesure qui permet d’éviter toute facilitation d’organisation collective. Je ne suis pas certaine que l’on doive s’en féliciter. WhatsApp n’est pas à l’origine des émeutes… et malheureusement, si l’on va au bout du raisonnement, cinq personnes qui reçoivent un message d’appel à la haine peuvent très facilement le colporter et faire fructifier des logiques de violence sur des territoires déjà marqués par des tensions intercommunautaires fortes…»

Publicité