Avec Windows 10, Microsoft veut séduire à nouveau des entreprises échaudées

Informatique La prochaine version du système est prévue pour mi-2015, alors que Windows 8 ne date que de 2012

Les ventes de PC devraient à nouveau baisser cette année

Windows 9 n’existera jamais. Dans la nuit de mardi à mercredi, Microsoft a présenté à San Francisco la prochaine version de son système d’exploitation, Windows 10. Attendue pour mi-2015, cette nouvelle mouture devra faire oublier Windows 8, lancé en octobre 2012. En sautant un chiffre, le groupe dirigé depuis février par Satya Nadella veut montrer que l’évolution du premier système d’exploitation au monde est importante. Un signal surtout adressé aux entreprises, réticentes à adopter les dernières versions de Windows.

Dans le détail, la version 10 permettra de mieux passer, sur un portable hybride, entre une interface tactile et l’utilisation d’un clavier et d’une souris. La nuit dernière, des responsables de Microsoft ont reconnu que Windows 8 avait anticipé beaucoup trop vite le passage aux tablettes. Avec Windows 10, les entreprises pourront mieux séparer, sur leurs machines, un espace privé et un espace professionnel. La distribution d’applications professionnelles sera facilitée et le fameux bouton «démarrer», en bas à gauche de l’écran, sera réintroduit.

Avec le lancement prévu dans une dizaine de mois, Microsoft joue gros, sachant que Windows représentait à lui seul, en 2013, 25% de son chiffre d’affaires et 38% de son résultat opérationnel. La firme de Satya Nadella est doublement sous pression. D’abord parce que le marché des PC ne cesse de reculer. Au niveau mondial, les ventes de PC doivent refluer de 3,7% cette année, prédisait fin août la société de recherche IDC. C’est certes mieux que les – 6% prévus auparavant et la chute de 10,1% enregistrée en 2013. Mais une baisse continue est prévue jusqu’en 2018 au moins, avec un marché des tablettes, certes en croissance, mais qui ne parvient pas à compenser ces pertes.

Autre facteur à maîtriser pour Microsoft, le taux de renouvellement des versions de Windows par les entreprises. Au niveau global, Windows 8, deux ans après son lancement, n’équipe qu’environ 12% des machines, en comptant la mise à jour 8.1 (voir graphique ci-contre). Et Windows XP, dont le support technique par Microsoft a pourtant cessé en avril dernier, tourne encore sur près de 24% des ordinateurs de la planète.

Microsoft devra donc convaincre des entreprises échaudées par la mauvaise expérience liée à Windows Vista, qui avait précédé la version 7. «Au niveau de la stabilité et des droits d’administration, Vista avait été une mauvaise version, estime Romein Van Straaten, directeur commercial chez Cisel Informatique SA, à Matran (FR). Cela a poussé de nombreuses entreprises à temporiser lors du renouvellement de leur parc informatique.» Selon le spécialiste, les firmes suisses changent actuellement de machines tous les quatre à cinq ans. «Si Vista a refroidi des entreprises, la plupart d’entre ­elles, notamment les plus grandes, renouvellent leur parc informatique selon des plans établis bien à l’avance, poursuit Romein Van Straaten. Les PME peuvent vivre avec un parc hétérogène, mais pas les sociétés de plus grande taille, car cela représente vite des coûts très importants de maintenance.»

Selon Romein Van Straaten, les tablettes ne sont aujourd’hui pas l’ennemi numéro un du PC. «Les postes virtualisés sont désormais les concurrents les plus forts des ordinateurs. Les logiciels sont centralisés sur des serveurs, accessibles à distance, et les entreprises paient à Microsoft des licences pour chaque utilisateur.»

Le groupe américain mise d’ailleurs de plus en plus sur les licences par abonnement: pas encore pour Windows, mais beaucoup pour Office, dont la version 365 peut se payer chaque mois.

«Les postes virtualisés sont désormais les concurrents les plus forts des ordinateurs»