Durement touché par la crise asiatique, le marché de l'assurance au Japon redonne des signes de vie. Le secteur est en pleine mutation, en restructuration et surtout en grand besoin de capitaux. La concurrence étrangère se presse aux portes de l'Archipel, désireuse de ne pas rater les opportunités qui se présentent. En annonçant mercredi le rachat pour 260 millions de francs de Nicos Life, la Winterthur n'a fait que poursuivre sa stratégie d'expansion dans des marchés porteurs, tels que l'Europe de l'Est ou l'Asie – une région qui encaisse 15% du volume mondial des primes brutes non-vie et 38% des primes vie, selon une étude de la Compagnie suisse de Réassurances. Le Japon se taille la plus grosse part du gâteau, avec 74% des affaires régionales non-vie et 83% des affaires vie. Comparé aux 361 milliards de dollars (240 milliards de francs) que représente l'assurance vie au Japon (en termes de primes brutes), le marché suisse n'en faisait que 52,5 milliards en 1998, selon les chiffres de l'Office fédéral des assurances privées.

Numéro deux en Suisse derrière la Rentenanstalt, avec un chiffre d'affaires de 9 milliards de francs dans l'assurance vie en 1998, la Winterthur n'est encore nulle part dans ce secteur au Japon, où Nicos Life occupe la 29e position. Mais «dans sa spécialité, Nicos Life est leader», assure Anna-Marie Kappeler, porte-parole de l'assureur zurichois. Selon le communiqué de presse du groupe, Nicos Life a en effet été la première compagnie d'assurances à lancer en 1986 des assurances vie liées à des fonds de placement sur le marché japonais. «La société vieillit et la prévoyance individuelle devient de plus en plus importante», ajoute la porte-parole. Selon l'étude de Swiss Re, les Asiatiques dépensent trois fois plus en assurances vie qu'en non-vie – une prépondérance du secteur vie qui s'explique en grande partie par la pauvreté, selon des normes occidentales, des régimes publics de protection sociale.

Pour la modeste somme de 260 millions de francs, la Winterthur a acquis 250 collaborateurs, 450 conseillers professionnels et un beau réseau de distribution dans un pays où, officiellement, l'accès au marché des assureurs étrangers ne devrait plus poser de problèmes juridiques. Les difficultés officieuses subsistent néanmoins, notamment au niveau de la distribution des produits via des réseaux d'agences assez touffus. Depuis sa création en 1986, Nicos Life n'a pas une seule fois affiché des chiffres noirs. «Les coûts de démarrage sont élevés au Japon», se défend la compagnie, qui a publié en mars 1999 une perte de 11,5 millions de francs. Le groupe s'attend à une perte de 7,5 millions de francs pour l'année fiscale se terminant à la fin mars 2000 et espère arriver à l'équilibre de ses comptes en 2001. Mais pour Anna-Marie Kappeler, le risque en valait la chandelle: «Nous aurions dû beaucoup investir si nous avions tout fait par nous-mêmes. D'autre part, en plus de ses produits innovants, Nicos Life est très professionnel». Comme l'explique la porte-parole, alors que nombre de compagnies dans ce secteur utilisent encore des vendeuses sans formation pour distribuer leurs produits grâce à leurs relations, Nicos Life s'appuie sur des conseillers qualifiés. Dernier avantage: Nicos Life faisait jusqu'à présent partie de Nippon Shinpan, un groupe côté en Bourse – une particularité, compte tenu du fait que traditionnellement, les compagnies d'assurances japonaises sont détenues par leurs clients, ce qui les rend légalement invendables.

La transaction deviendra effective le 31 mars, sous réserve de l'aval des autorités de la concurrence. Nicos Life conservera son nom et opérera en tant que société juridiquement indépendante. «La bancassurance ne faisait pas partie de la stratégie de Nippon Shinpan, l'une des premières sociétés de cartes de crédit au Japon», explique la porte-parole. Mais l'assureur zurichois, qui maximise les opportunités, a également signé un accord en vue d'une collaboration future avec Nippon Shinpan dans les domaines du marketing et de la distribution. En définitive, compte tenu de ses déboires récents avec les autorités de surveillance nipponnes (lire Le Temps du 29 novembre 1999), le Credit Suisse ne se débrouille pas si mal au Japon.