portrait

Wolfgang Schäuble, l’inamovible ministre des Finances d’Angela Merkel

Le grand argentier du gouvernement allemand pourrait conserver son poste. En pleine forme, il est l’un des ministres les plus populaires de la chancelière

En campagne électorale en août dernier, Wolfgang Schäuble a déjà annoncé un prochain plan d’aide à la Grèce… Pour les observateurs allemands, ce serait un signal de plus que le grand argentier du gouvernement Merkel a de grandes chances de conserver son poste après les élections. «S’il le désire, Angela Merkel ne va certainement pas le lui refuser», assure le politologue Oskar Niedermayer, de l’Université libre de Berlin.

De fait, Wolfgang Schäuble, 71 ans, est l’un des ministres les plus populaires de la chancelière. Les Allemands lui font une confiance aveugle, malgré le scandale des caisses noires de la CDU qui lui avait valu une traversée du désert au début des années 2000. Seule sa santé fragile, depuis qu’un attentat commis en septembre 1990 par un déséquilibré l’a cloué dans un fauteuil roulant, pourrait l’empêcher de poursuivre sa carrière politique. Contraint à deux reprises de gérer son ministère depuis son lit d’hôpital au plus fort de la crise financière, en 2010, il offre sa démission à sa cheffe, qui la refuse: le Souabe, jadis passionné de tennis et de randonnée, est devenu son négociateur dans la crise financière puis la crise de l’euro, et s’est rendu à ce titre indispensable.

Aujourd’hui, Wolfgang Schäuble semble en grande forme. Le vétéran de la politique a même participé à 30 meetings électoraux dans le courant de l’été, mettant fin aux spéculations sur son état de santé.

Officiellement, en Allemagne, l’heure n’est pas à la répartition des postes de ministres. Mais même dans l’hypothèse d’une grande coalition entre les chrétiens et les sociaux-démocrates, il est peu vraisemblable que le SPD réclame le Ministère des finances comme entre 2005 et 2009, de l’avis de Holger Schmieding, économiste en chef à la Berenberg Bank de Londres, cité par le quotidien Die Welt : discipline budgétaire et plans de soutien à l’Europe du Sud sont trop mal vus de l’électorat social-démocrate. A part Peer Steinbrück, qui a exclu toute nouvelle participation à un gouvernement mené par sa rivale Angela Merkel, le SPD n’a de toute façon guère de spécialistes des questions budgétaires et financières capables de succéder à Wolfgang Schäuble. Tout au plus la direction du parti pourrait mettre en avant Jörg Asmussen, haut fonctionnaire, représentant de l’Allemagne au sein de la Banque centrale européenne, familier des plans de sauvetage de l’euro et du gotha de la finance internationale.

Les Suisses aussi le connaissent bien. Ils ont négocié avec lui l’accord fiscal Rubik, accord qui a finalement échoué au Bundesrat, face au refus des sociaux-démocrates allemands.

Wolfgang Schäuble a été membre du Bundestag sans discontinuer depuis 1972, et est à ce titre l’un des vétérans de la politique allemande. Jadis proche de Helmut Kohl, c’est lui qui négocia les détails de la réunification avec le régime est-allemand. En 1997, l’ancien chancelier fait même officiellement de lui son dauphin, pour l’après-2002. Mais le père de la réunification subit une cuisante défaite face à Gerhard Shröder en 1998, enterrant les ambitions de Wolfgang Schäuble qu’il entraîne dans sa chute lors du scandale des caisses noires de la CDU. La carrière de Schäuble, ministre de l’Intérieur puis des Finances d’Angela Merkel, est devenue indissociable de l’ascension de la chancelière. Celle-ci, assurent ceux qui la fréquentent, se serait entre-temps habituée à l’extrême entêtement de son indispensable ministre, devenu avec le temps moins dur et plus patient… Pour Schäuble, déjà auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages, l’heure de la retraite n’a sans doute pas encore sonné.

Le Souabe est devenu le négociateur de l’Allemagne dans la crise financière et s’est rendu indispensable

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