Le succès serait-il surtout une question de calendrier et de chance? Etre là au bon moment, sans concurrence? Wouter van der Lelij n’y croit pas un instant: «Lorsque j’ai lancé JobUP en l’an 2000, cinq sociétés fournissaient déjà des petites annonces d’emploi en ligne, dont des géants comme Topjobs, Monster ou Adecco.» L’innovation ne se fait «pas seulement dans ce qu’on produit, mais aussi dans la manière dont on l’amène, dans la passion avec laquelle on vit le projet», estime l’entrepreneur en série genevois. Après la revente de JobUP en 2004, il a connu des échecs dans la presse satirique, le vélo électrique ou les fruits secs. Il donne maintenant un coup d’accélérateur sur son projet de prise de rendez-vous en ligne.

«J’ai retrouvé ce qui me motive, avec agenda.ch: être indépendant, être le petit qui va battre les grands», explique le quadragénaire d’origine néerlandaise, du haut de son 1m95. Pour expliquer les hauts et les bas de son parcours de créateur d’entreprises en série, Wouter van der Lelij identifie deux éléments clés: la proximité et l’engagement. Il n’en a pas manqué dans sa première aventure entrepreneuriale, commencée avec une paire de ciseaux et 20 000 francs d’économies.

Rien à perdre

Après un premier emploi dans l’audit comptable chez Ernst & Young («j’ai détesté ce job») puis un passage à l’agence de presse Reuters, le diplômé HEC lance en mars 2000 ce qui allait devenir jobup.ch, l’une des principales plateformes d’annonces d’emploi en ligne du pays (après le rachat d’Edipresse par Tamedia en 2011, elle est maintenant copropriété de Ringier, co-actionnaire du Temps avec Axel Springer).

«Je découpais les annonces d’emploi dans la Tribune de Genève, j’envoyais des lettres aux entreprises qui cherchaient à embaucher et j’essayais de décrocher des rendez-vous, se rappelle-t-il. Je ne connaissais rien aux ressources humaines, je parlais mal le français, je ne savais pas vraiment programmer, je n’avais pas de réseau, mais j’ai continué, je n’avais rien à perdre.»

Le groupe de médias Edipresse tente de le racheter, en 2003 puis en 2004: «Je commençais à être fatigué d’être seul, à faire tout moi-même. Le patron Tibère Adler m’a demandé de faire une liste des conditions qui permettraient de travailler ensemble. Je voulais l’exclusivité sur tous les sites du groupe Edipresse [Tribune de Genève, 24 heures, Le Matin notamment, ndlr]. J’ai aussi articulé un prix de vente que je venais de multiplier par trois sur les conseils d’un ami. Je pensais que Tibère Adler refuserait: tout a été accepté et je suis resté à la tête de la plateforme jusqu’à mi-2008.» L’entreprise est alors très profitable, avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 6 millions de francs, pour un prix de vente confidentiel mais à six zéros.

«C’était le plan et je me suis bien planté!»

Après avoir traversé le continent américain du sud au nord, avec femme, enfant et camping-car, Wouter lance de nombreux projets, avec l’objectif de concevoir la stratégie et de trouver des gens pour assurer le travail quotidien. «C’était le plan et je me suis bien planté!» résume-t-il aujourd’hui dans ses bureaux genevois.

Dans l’ordre, il a participé au lancement du journal satirique Vigousse: «J’aimais l’idée d’avoir un Canard enchaîné suisse, mais les autres voulaient surtout des dessins qui font rire.» Il investit ensuite dans une société genevoise de vélos électriques. «La catastrophe totale: j’ai perdu beaucoup d’argent. Je ne connaissais pas ce secteur et je n’ai pas fait le bon investissement en prenant 35% de parts.» Une initiative dans les paquets de fruits secs bio capote à son tour, faute d’avoir séduit les incontournables Migros et Coop. Un succès quand même: son investissement dans Lemoptix, une start-up de l’EPFL qui fabrique des microprojecteurs. L’entreprise a été vendue à Intel début 2015.

Après avoir fait du coaching, l’homme ne se sent pas accompli dans son activité professionnelle. Il a alors tout pour réussir, le réseau, les moyens, la confiance en soi, la maîtrise du français, les bons contacts, mais rien ne décolle «alors qu’avec JobUP, je n’avais rien pour réussir mais ça avait marché».

Libérer du temps pour la plus-value

Priorité maintenant à agenda.ch. Wouter van der Lelij retrouve la flamme: «Je rencontre tous les jours de nouvelles personnes, d’un prêtre qui veut automatiser les rendez-vous de préparation aux mariages à un centre médical qui reçoit 100 000 appels par année, en passant par un garagiste ou une onglerie. Des petites entreprises dont les services aident concrètement les gens.»

Comme avec JobUP, le concept existe déjà. «On réserve un hôtel ou un vol en ligne depuis quinze ans, mais les réservations de prestations sont encore très nouvelles alors qu’elles libèrent du temps pour les activités à plus forte plus-value, analyse Wouter van der Lelij. Au lieu de prendre les rendez-vous, une secrétaire médicale fait du conseil ou du travail administratif, détermine l’urgence d’une situation.»

La plateforme envoie également un SMS de rappel – ce qui fait chuter de 67% le nombre de rendez-vous oubliés, assure-t-il – et le client est invité à laisser un avis après la prestation. «C’est la prochaine révolution: permettre de savoir à la fois ce qui est disponible et ce qui est bien», conclut l’entrepreneur, dont l’entreprise se rémunère selon un forfait de 59 francs par mois.

Avec 250 clients actuellement, la société veut doubler leur nombre et vise l’équilibre financier d’ici à la fin de l’année. Elle a recruté en début d’année deux anciens commerciaux de JobUP. Pour être proche du terrain, toujours.