Analyse

Xi Jinping, Trump et Merkel: trois fragiles candidats pour une place de leader

La Chine se présente comme défenseur de la globalisation, mais sa croissance souffre. Donald Trump revendique une position de leader qui sied mal à une économie qui se ferme et l’austère Allemagne souffre de la crise européenne

Etonnant début d’année: les Etats-Unis se ferment au monde. La Chine avait adopté cette stratégie du repli il y a cinq siècles. Mal lui en a pris puisqu’elle a été reléguée au rang d’observatrice du progrès. L’Empire du Milieu redevient un leader et défend la globalisation mais les sorties de capitaux chinois s’accélèrent. L’Allemagne enfin assiste dans un rôle attentiste à la crise de l’UE. Les trois leaders sont à la peine.

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L’arrogance de Donald Trump peine à cacher la difficulté à redonner aux Etats-Unis l’apparence d’un leader planétaire. Le protectionnisme industriel est-il adapté à un monde de technologie et de services marqué par l’incroyable imbrication des chaînes de valeur? Si Barack Obama a dû affronter la crise financière, Donald Trump hérite de la détérioration de la situation de la classe moyenne, d’une main-d’œuvre au niveau de qualifications inférieures à la génération précédente, d’un taux de participation des femmes en net repli et d’un manque d’épargne pour financer les infrastructures.

Les Etats-Unis: Pas mieux que le Vietnam

L’Amérique n’est pas un leader. A l’indice de misère du professeur Steve Hanke, qui exprime les pires économies du monde (addition des taux de chômage, taux d’inflation, taux des crédits bancaires, réduit du PIB par habitant), le Venezuela occupe le triste premier rang devant l’Argentine. Le Japon est l’heureux dernier (59e), derrière la Chine (58e) et la Suisse (55e). Mais les Etats-Unis (39e) sont moins bien placés que le Vietnam (40e). L’avenir appartient à l’Asie.

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En Europe, l’Allemagne (54e) assume son rôle d’austère dominateur. Berlin a gagné 1,2 milliard d’euros en 2016 grâce aux taux négatifs sur le dos des épargnants en obligations d’Etat. Il n’en demeure pas moins que l’Allemagne ne dirige guère. Un dirigeant ne peut se limiter à espérer que les événements lui soient favorables.

Le scénario européen le plus probable reste celui d’une réélection d’Angela Merkel en septembre, à la tête d’une nouvelle grande coalition. Mais le doute plane sur «l’idée d’hégémonie allemande», comme l’explique Michael Wohlgemuth, directeur du think tank Open Europe, à Berlin. Le dossier du Brexit sera géré par un Français, Michel Barnier, et un Belge, Guy Verhofstadt. Sur l’euro, les décisions seront prises par la BCE, l’Eurogroup, le FMI et les gouvernements nationaux. L’Allemagne espère simplement que la facture soit peu coûteuse. Sur les réfugiés, c’est la Turquie qui décide. L’Allemagne ne peut qu’espérer que la précarité de la situation ne se détériore pas. Sur la sécurité, c’est Vladimir Poutine et Donald Trump qui décident. L’Allemagne doit d’abord accroître ses dépenses militaires.

Hambourg sera l’hôte du G20 en juillet, mais pour Angela Merkel «il ne suffit pas de se maintenir au pouvoir pour être considéré comme le leader du monde libre», lance Michael Wohlgemuth.

Le rôle de leader, après cinq siècles d’éclipse, semble promis à la Chine. Son excédent courant fait peur à Donald Trump. Mais la situation est plus complexe qu’on ne le dit. La Chine s’est imposée comme assembleur final de l’industrie mondiale. Elle présente un excédent structurel à l’égard des Etats-Unis et de l’EU, mais un déficit majeur vis-à-vis des autres pays d’Asie et utilise son excédent pour importer des matières premières. Mais la croissance faiblit. D’ailleurs, l’emploi industriel décline en Chine, contrairement aux idées reçues.

La Chine souffre du poids de l’Etat

Le président chinois parle comme un leader de l’économie globalisée, mais la confiance des entreprises baisse. Xi Jinping vante l’économie privée, mais le coût qui pèse sur les entreprises privées s’est accru en Chine depuis 2012, selon une étude d’HSBC. La part des impôts et taxes au PIB est passée de 14 à 30% du PIB en quatre ans. Comme dans n’importe quel pays, plus la part de l’Etat augmente et plus l’économie souffre. Les entreprises investissent massivement à l’étranger. Le gouvernement devrait mettre en œuvre la réforme de son secteur public. Les entreprises d’Etat représentent la moitié de la dette chinoise, un tiers du secteur industriel et 15% de la main-d’œuvre urbaine. Pékin dispose de la marge de manœuvre monétaire et budgétaire suffisante pour que la transition se fasse en douceur et que la productivité augmente.

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Des trois canards boiteux, la Chine dispose des meilleurs atouts. Face à une Europe qui n’a pour ambition que d’éviter sa désagrégation, et qui souffre, selon la formule d’Angela Merkel de n’avoir que 7% de la population mondiale, 25% du PIB mais 50% des dépenses sociales, le dynamisme du privé parle en faveur de Pékin. Saura-t-il réduire le rôle de l’Etat?

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