Miami, Nice, Singapour ou Ouchy? Xiamen interloque. Les sentiments des membres de la délégation économique qui accompagne le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann en Chine, cette semaine, étaient mitigés. Mercredi en arrivant dans cette cité balnéaire de la province du Fujian, certains sont charmés, d’autres plus sceptiques.

Avec son climat tropical, ses palmiers et son bord de mer, Xiamen dispose de charmes certains. Mais quelque chose cloche. Il est 11h et les larges trottoirs sont presque déserts. Sur le chemin qui mène au centre-ville, les centaines de tours d’appartements semblent inhabitées, inachevées ou laissées à l’abandon. Les autoroutes à six pistes sont elles aussi sous-utilisées. Quelques taxis, quelques bus et quelques Audi devront tout de même laisser la place au cortège.

Une escorte policière

La délégation est accompagnée d’une escorte policière. Par rapport à Pékin, c’est certain, la position des responsables suisses a évolué. Ici, ce sont eux qui tiennent le couteau par le manche. Au fil des heures, le malaise devient évidence: il y a surcapacité d’infrastructures. Et du coup, les autorités locales cherchent à remplir les vides.

L’après-midi et la soirée sont consacrées à des rencontres avec les divers dirigeants du secteur privé et public. Tous font la promotion du lieu, vantent la qualité de vie, la croissance des affaires et des investissements étrangers. Ils n’oublient pas non plus de chiffrer les milliers de tonnes de biens et de matériaux qui partent depuis le «19e plus grand port de containers du monde».

Là aussi, l’interminable (et flambant neuf) quai de chargement paraît fantomatique et inutilisé. A vue de nez, la surface se compte en kilomètres carrés. Les containers en dizaines, seulement. Et rien ne s’y passe. Pas un employé, ni un mouvement de grue. Le seul cargo amarré n’est qu’à moitié chargé.

«C’est le lot des provinces qui doivent lutter entre elles pour attirer des investissements», répond ­Johann Schneider-Ammann, lorsqu’on lui fait remarquer que les entreprises suisses désireuses d’investir dans la région devraient pouvoir négocier des conditions avantageuses.

La biotech et la pharma

Les autorités locales, elles, disent vouloir surtout accueillir des entreprises actives dans la pharma, la biotech, les medtechs ou la chimie. Alexandre Jetzer, de la direction de Novartis, n’exclut pas de s’y intéresser de plus près. «Nous allons chercher à en savoir plus. Mais cela prendra du temps». Le représentant de Lonza, non plus, ne dit pas non. Par contre, Daniel Küng se montre un peu plus offensif: «Nos entreprises de haute qualité sont très courtisées. Avez-vous des arguments convaincants?» demande le directeur de l’OSEC, en charge de la promotion des exportateurs suisses à l’étranger. On lui répond que la qualité de vie et de l’air – Xiamen se profile comme la ville la plus propre du pays – ou les infrastructures prêtes à l’emploi sont des atouts. Et puis, assure-t-on aussi, l’idée est d’éviter l’engorgement perpétuel du port de Shanghai. Il en faudra sans doute un peu plus, même si Johann Schneider-Ammann, tout au long de ses entretiens a assuré que «certains de nous reviendrons». Car, outre son surdimensionnement, la ville, située à quelque 170 kilomètres de Taïwan, a un autre problème de taille: la main-d’œuvre qualifiée fait défaut. «J’ai dit au maire que la région devrait investir dans la formation si elle veut réellement voir émerger un cluster», explique le conseiller fédéral, tout en laissant entendre que la réponse n’avait pas été très convaincante.

A la différence d’autres provinces, fait-il cependant remarquer, «Xiamen a un avantage: elle est une grande destination touristique». L’an dernier, elle a accueilli quelque 35 millions de visiteurs chinois.