Dans une interview qu'il avait accordée au Temps au début de l'année, le patron de UBS Funds, Heinz Hämmerli, avait annoncé le lancement en 2001 de «Exchanged Traded Funds» (ETF), un nouveau style de fonds de placement cotés en Bourse et négociés en permanence. Le Credit Suisse Asset Management (CSAM) a grillé la politesse au leader du marché suisse: jeudi dernier, le XMTCH sur SMI a été coté pour la première fois à la Bourse suisse SWX. Ce jour-là, 7482 parts de ce fonds de placement indiciel, le premier du genre adossé à un indice boursier helvétique, ont été échangées pour un montant total de 541 443 francs. Certes, ce produit n'est pas le premier sur le marché puisque SWX a autorisé à la fin de l'année dernière deux «Leaders» de Merrill Lynch Capital Markets adossés à l'euro Stoxx 50 et au Stoxx 50. Mais l'arrivée du CSAM sur ce marché hérité d'une pratique américaine est lourde de sens. Jeudi soir, faisant notamment allusion à ces ETF, le professeur Nils Tuschmidt, analyste stratégie à la BCV, se demandait lors d'un séminaire co-organisé par Le Temps et TheScreener.com si «les fonds de placement n'allaient pas désormais perdre de leur importance».

«L'attrait des ETF est de concilier la technique des fonds de placement avec le monde de la technologie, celui de la Bourse et du négoce», soulignait Heinz Hämmerli dans son entretien avec Le Temp (voir nos éditions du 15 janvier). De fait, comme le précisent les spécialistes de SWX, les ETF réunissent les avantages d'un certificat indiciel et ceux d'un fonds. Ces produits «hybrides» ont aussi toutes les caractéristiques des actions. D'une durée de vie illimitée, ce qui est un atout par rapport aux certificats sur indices très en vogue actuellement, ils sont négociés en permanence pendant les heures de Bourse. Comme pour les actions, leur principe autorise les ventes à découvert et les opérations d'arbitrage: «Les ETF permettent en particulier aux investisseurs institutionnels d'agir en fonction de leur perception du marché», précise SWX.

C'est le 18 septembre dernier, avec la première cotation des «Leaders», que SWX s'est lancée dans une aventure financière qui s'est développée aux Etats-Unis dès 1993. Le marché qui y a démarré alors avec un volume de 0,5 milliard de dollars s'est aujourd'hui développé pour atteindre un volume cent fois plus élevé. A la base, l'idée des ETF a été d'offrir aux investisseurs la possibilité d'acheter toutes les valeurs d'un indice en une seule transaction pour leur permettre une diversification efficace et simple de leur portefeuille. Dans le cas d'espèce, le XMTCH sur SMI investit dans tous les titres de cet indice en essayant de le reproduire le plus fidèlement possible. Chacune de ses modifications structurelles doit donc être reprise immédiatement par le fonds. Ce faisant, la visibilité et la transparence du fonds sont permanentes. Et les ETF reproduisent la valeur de marché et la valeur nette d'inventaire (VNI) de l'indice. Cette dernière est d'ailleurs recalculée quotidiennement sur la base des valeurs de clôture de l'indice. Par ailleurs, pendant les heures de négoce, une VNI indicative est calculée toutes les 15 secondes…

Investir de manière diversifiée, simple et flexible; prendre position sur l'intégralité d'un marché, respectivement d'un indice, avec un seul produit; se positionner dans un portefeuille de référence de blue chips; tirer parti d'instruments qui présentent un profil attrayant de rendement/risque; négocier en permanence: ces avantages que liste SWX sont peut-être alléchants. Mais l'investisseur potentiel retiendra surtout des ETF ceux qui se calculent en termes de coûts. Car le négoce des ETF est avantageux: aucune commission d'émission ou de rachat n'est en effet prélevée. Ces fonds de placement d'un genre nouveau ne sont assujettis qu'aux taxes de Bourse habituelles en matière d'ordres en valeurs négociables. Du coup, le calcul permanent de la VNI indicative permet à l'investisseur d'être quasiment certain de la concordance entre la valeur d'inventaire et le cours en Bourse d'un ETF. Si les frais de gestion se situent entre 0,15 et 0,6% (contre 0,6 à 0,8% pour les fonds indiciels) en général – dans le cas du XMTCH sur SMI, ils sont de 0,35% –, les opérations d'achat et de vente sont cependant soumises au paiement de commissions. Un autre problème vient de ce que le suivi de l'indice suppose une gestion peu active qui ne permet pas de réinvestir automatiquement les dividendes. La performance des ETF en est globalement et négativement influencée.

Pensés pour les investisseurs institutionnels, les ETF ont en fait gagné une grande popularité aux Etats-Unis auprès des particuliers. Aujourd'hui, selon des données communiquées par le Nasdaq, 74% des détenteurs de «Cubes» (les «QQQ» basés sur l'indice Nasdaq 100) sont des particuliers. Ces derniers pourraient donc avoir quelque peine à utiliser les ETF comme des institutionnels. C'est-à-dire, par exemple, à les employer comme des instruments tactiques pour spéculer sur un indice en faisant une vente à découvert. Ou encore, à en acheter pour prendre une position entre deux autres décisions d'investissement. Ils peuvent aussi permettre de couvrir d'autres opérations. Ainsi, les investisseurs institutionnels comme les particuliers qui ne voudraient pas couvrir leurs risques avec des instruments dérivés peuvent profiter des ETF en les limitant, par exemple, par la vente à découvert de ces instruments. Les ETF sont donc aussi une alternative avantageuse aux futures parce que les lots négociés ne sont pas aussi importants, la durée n'est pas limitée et qu'il n'y a ni marge initiale ni marge de maintenance.

Avec l'arrivée des ETF sur le marché suisse, même s'il n'est pas encore certain que les investisseurs avalent cet hameçon financier, un virage fondamental a été pourtant pris. Bien sûr, avec 2,5 millions d'euros pour les «Leaders» de Merrill Lynch et quelques centaines de milliers de francs pour le XMTCH sur SMI, ce n'est pas encore une révolution. Mais plus il y aura d'ETF en Bourse et plus des promoteurs locaux avec un réseau de distribution étoffé en mettront en circulation, plus ces produits se positionneront comme de réels concurrents aux fonds de placement classiques. Ces derniers gardent certes l'avantage essentiel de proposer des compétences de gestion. Dans ce domaine, les fonds de placement classiques dont les gestionnaires affirment leurs styles et n'ont pas forcément un objectif de performance relative ont encore un bel avenir devant eux. Mais ceux qui ont les teintes grisâtres de fonds indiciels sans l'avouer aux investisseurs, c'est-à-dire une partie déterminante de l'offre actuelle sur le marché suisse, seront mis sous pression. Notamment parce que leurs ratios de frais totaux sont largement plus élevés que les quelques points de base que prélèvent les ETF.