Le ballet des fusions-acquisitions reprend dans l'industrie des métaux. Xstrata, la société d'investissements active dans les matières premières basées à Zoug, a lancé une offre publique d'achat sur le troisième producteur de zinc au monde, l'espagnol Asturiana de Zinc (AZSA). Le groupe zougois, qui avait annoncé vendredi dernier son intention d'acquérir la totalité du capital de l'entreprise asturienne, a fait lundi une offre formelle et propose 13,50 euros pour chacune des actions. Une fois cette opération connue, le marché a anticipé en digérant très vite la prime. Le titre a bondi vendredi de 9,47% pour se fixer à 13,3 euros à la Bourse de Madrid.

La proposition de Xstrata valorise la société ibérique à près de 544 millions d'euros. De son côté, Santiago Zaldumbide, le patron d'Asturiana, a déclaré dans El Pais de samedi que «cette opération permettra enfin d'atteindre une masse critique. Notre entreprise avait un problème de dimension, ce qui empêchait le titre d'être valorisé à son juste cours.» Les propos de Daniel Sauter, patron de Xstrata, vont dans le même sens: «Asturiana est une société très bien dirigée. C'est la plate-forme idéale dans ce secteur pour renforcer notre position car elle est présente sur tous les continents et sa palette de produits est très diversifiée.» Si l'on en croit les deux dirigeants, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Dans l'ombre de cette offre publique d'achat transfrontalière, il y a Glencore International, lui aussi établi à Zoug. Cette société est le principal actionnaire de l'entreprise espagnole avec 44,4% du capital, mais elle est également le premier actionnaire de Xstrata, avec une participation de 38,5%. Plus que des noces amicales, il s'agit surtout d'un mariage en famille.

Bénéfice net de 84 millions de francs en 1999

Dans ce cas-là, Glencore est juge et partie, ce qui ne favorise pas la diffusion d'une information transparente. Selon Mirko Sangiorgio, analyste auprès de la Banque Pictet & Cie, «Glencore avait fait le même coup dans le secteur de l'aluminium en rachetant Mt. Holly pour le revendre ensuite à Xstrata il y a quelques années, mais cette opération avait mal tourné. Aujourd'hui, la société zougoise essaie de s'en défaire.» Pour José Manuel Castellano, analyste au Banco Bilbao Vizcaya Argentaria (BBVA) à Madrid, ce rachat va dans le bon sens car «il permet une concentration de la production dans un secteur où les économies d'échelle sont importantes.» Asturiana de Zinc a été créée en 1957. Elle est présente en Argentine, aux Etats-Unis, au Chili et en Afrique du Sud. Avec un chiffre d'affaires de 60,3 milliards de pesetas (558 millions de francs), ce géant des matières premières a réalisé un bénéfice net de 4,4 milliards de pesetas en 1999 (41 millions de francs). Le résultat de cette fusion permettra au groupe d'atteindre le deuxième rang des producteurs de zinc au monde d'ici 2002, juste derrière l'australien Pasminco. L'usine de San Juan de Nieva, dans le nord de l'Espagne, est le premier site de production de zinc par électrolyse au monde. Xstrata, quant à lui, est spécialisé dans la production de ferrochrome et de vanadium. Le groupe a publié en 1999 un bénéfice net de 84 millions de francs pour des ventes totales de 662 millions de francs.