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Wilhelm Röpke, qui a enseigné à Genève, a participé au colloque Lippmann en 1938.
© RDB

Histoire

Il y a 80 ans naissait le néolibéralisme, ou la fin du «laissez-faire»

Le néolibéralisme serait né avec le colloque Lippmann il y a exactement 80 ans, en pleine montée des totalitarismes de gauche et de droite. Les libéraux reconnaissaient alors que l’Etat devait jouer un rôle actif de protection du marché et de l’individu

Non, le néolibéralisme, ce n’est pas une philosophie qui veut réduire massivement la fonction de l’Etat. Lorsque 26 personnalités (dont Raymond Aron, Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Wilhelm Röpke et Jacques Rueff) se réunissent du 26 au 28 août 1938 pour le colloque Lippmann, à Paris, ils tentent de sortir de l’impasse à laquelle a conduit le libéralisme classique, celui du «laissez-faire» d’Adam Smith, de Frédéric Bastiat ou de David Hume.

L’Etat doit protéger le marché et l’individu

Le début du néolibéralisme traduit donc un besoin de «davantage d’Etat» d’origine libérale. Mais le sens de cette dernière expression ne signifie pas, comme aujourd’hui, une augmentation des dépenses publiques. D’ailleurs, celles-ci étaient considérablement plus faibles.

Les néolibéraux de l’époque veulent que l’Etat joue un rôle fort, celui de gardien des règles de la concurrence, menacée par les grands groupes et les cartels. Le marché ne peut pas fonctionner de lui-même, reconnaissaient-ils il y a 80 ans.

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L’Etat doit aussi être un protecteur de l’individu dans son autonomie, face aux aspirations d’autres individus et bien sûr de l’Etat. Le climat politico-économique de l’époque, doit-on le rappeler, est assombri par la montée des totalitarismes de gauche (communisme) et de droite (Hitler, Mussolini). Or le libéralisme se veut «une philosophie du respect de l’individu, de la tolérance et de l’humanité», explique Karen Horn, professeur d’histoire des idées à l’Université Humboldt à Berlin ainsi qu’à l’Université d’Erfurt, lors d’une émission sur la chaîne TV ARD. Sur la naissance du néolibéralisme.

Un journaliste à la base des réflexions

A l’invitation du Français Louis Rougier, de retour de voyages en URSS qui l’ont convaincu de la catastrophe communiste, ces penseurs explorent de nouvelles pistes de réflexion.

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Le point de départ du colloque est fourni par le journaliste démocrate Walter Lippmann, fondateur de la revue de gauche New Republic, qui vient de publier La cité libre, un ouvrage qui dresse un bilan très noir du «laissez-faire» et met l’accent sur le besoin de lois sociales. L’idée selon laquelle le marché est capable de s’autoréguler est mise à mal par deux faits incontestables, l’émergence des monopoles et des trusts, d’une part, et l’augmentation de la pauvreté et du chômage dans le sillage de la Grande Dépression, d’autre part. Le colloque Lippmann montre, selon le professeur Alain Barrère dans les années 1950 (voir Le colloque Lippmann, aux origines du «néo-libéralisme», par Serge Audier, Ed. Le bord de l’eau, 2012), que «les néolibéraux conservent l’essentiel des positions du libéralisme individualiste, mais ils ne croient plus à son institution spontanée».

Les multiples courants libéraux

On lie généralement la date de naissance du néolibéralisme à cette réunion, mais le terme était déjà dans l’air. Dans le journal conservateur français Le Temps du 25 octobre 1933, le mot est cité par Pierre-Etienne Flandin. Ce n’est que dans les années 1970 que le néolibéralisme a été progressivement lié à une approche exigeant de fortement limiter l’intervention de l’Etat, représentée par les Prix Nobel d’économie Friedrich Hayek (1974) et Milton Friedman (1976). Ces derniers ont inspiré les gouvernements Reagan et Thatcher. Il est vrai que durant les 30 à 40 années qui ont suivi le colloque, l’Etat providence s’est fortement accru.

Après le colloque Lippmann, les penseurs libéraux ont mis sur pied la Mont Pelerin Society (MPS) en 1947, du nom de l’hôtel vaudois qui surplombe le Léman. Mais il n’y a pas de lien direct entre le colloque et la MPS. L’histoire du néolibéralisme n’est d’ailleurs pas univoque. Participant au colloque Lippmann, Jacques Rueff par exemple reste fidèle au libéralisme classique. D’autres, comme Wilhelm Röpke, acceptent les politiques de redistribution par l’impôt. Mais aucun n’accepte que l’Etat cherche à influencer les comportements par des incitations.

Plusieurs ouvrages reviennent sur le colloque Lippmann et sa signification, note Karen Horn dans la NZZ, à l’image de celui de Serge Audier mentionné ci-dessus. D’autres sortent cette année pour l’occasion, comme The Walter Lippmann Colloquium – The Birth of Neo-Liberalism de Jurgen Reinhoudt et Serge Audier et les 682 pages de The SAGE Handbook of Neoliberalism de Damien Cahill.

Dix ans après la crise financière, les thèmes de réflexion n’ont guère changé, à commencer par celui du marché, menacé par quelques grands groupes. Le doigt est également pointé vers l’Etat et les banques centrales, qui ont incité les banques à financer l’achat de logements et de maisons par des propriétaires qui n’en avaient pas les moyens («subprime») par leurs politiques fiscale et monétaire.

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