Relocalisations

«Il y a environ 20% de coûts qu’on a tendance à oublier»

Depuis dix ans, la professeure de HEC Lausanne, Suzanne de Treville, démontre que les délocalisations sont souvent de mauvais calculs

C’est comme faire ses courses en France voisine. Mais sans prendre en compte le prix de l’essence, l’usure de son véhicule et la quasi-certitude que l’on achètera plus de viande et de fromage parce que c’est moins cher, et que l’on devra en jeter une partie.

Cette image, Suzanne de Treville l’utilise souvent pour illustrer la manière dont les délocalisations sont décidées. Selon la professeure de gestion des opérations à la HEC de l’Université de Lausanne, les managers et directeurs sont beaucoup trop nombreux à ne comparer que les coûts unitaires de fabrication entre leur propre pays et celui à bas coûts dans lequel ils envisagent d’ouvrir une usine.

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Il y a pourtant bien d’autres facteurs à prendre en compte. C’est ce processus qu’elle décrit dans un article qui sera publié le mois prochain dans la revue de référence Journal of operations management, à la suite de l’étude de neuf cas (anonymisés) de délocalisations parmi lesquels figurent six retours au pays.

Des portables produits localement?

Suzanne de Treville a acquis une grande légitimité dans ce domaine. Elle a mis au point un outil (en libre accès) qui permet de calculer les éventuels bénéfices d’une délocalisation en tenant compte d’autres critères tout aussi décisifs, mais moins évidents à identifier de prime abord: la volatilité de la demande pour un produit et sa valeur résiduelle, c’est-à-dire la valeur d’un produit qui n’a pas été vendu à l’issue de la période pour laquelle il a été fabriqué. Car la distance réduit la flexibilité des commandes qui sont passées au site de production. Exemple: les téléphones portables, qui perdent très rapidement de leur valeur. «Il faut s’attendre à ce qu’ils finissent par être produits plus localement», indique Suzanne de Treville.

En tenant compte de ces paramètres, son outil définit la différence de prix minimale nécessaire pour qu’une production à l’étranger soit rentable. Et c’est sans compter les coûts d’assurance du transport, d’emballage ou les risques à la qualité. «Il y a environ 20% de coûts que l’on a tendance à oublier», résume la professeure.

En ligne directe avec Washington

La démarche de Suzanne de Treville a convaincu le Département américain du commerce, avec qui elle collabore depuis le lancement d’un programme de réindustrialisation lancé par l’administration… Obama. «C’est l’un de seuls sujets sur lequel les Démocrates et les Républicains sont d’accord.»

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