«Il y a un potentiel supplémentaire pour d’autres destinations à partir de Genève»

Le Temps: L’été prochain, Swiss desservira 22 nouvelles destinations européennes au départ de Zurich et inaugurera une liaison entre Genève et Lugano. Qu’est-ce qui vous rend si sûr que la demande sera au rendez-vous?

Harry Hohmeister: En ce qui concerne les perspectives pour le secteur aérien, il faut être réaliste: les marchés de croissance se situent aujourd’hui en Asie. L’Europe n’est plus qu’en seconde ligne. Néanmoins, nous sommes confiants à propos des nouvelles destinations à partir de Zurich, car elles complètent notre réseau actuel et parce qu’elles nous permettent d’atteindre de nouveaux segments de clientèle. De plus, avec notre nouveau modèle d’affaires Hub+, nous complétons notre modèle traditionnel en hub [desserte en étoile] avec un trafic de point à point. Nous voulons mieux exploiter la demande locale qui existe à partir de Zurich vers l’Europe et allons étendre notre offre de vols allers simples. Ceci devrait offrir de nouveaux relais de croissance. Swiss tirera parti de l’expérience acquise à Genève, notamment en matière de fixation des prix et de structuration du trafic, pour l’étendre à Zurich.

– Vous citez l’expérience acquise à Genève. Est-ce en raison de la concurrence d’EasyJet?

– A Genève, nous avions plus de pression pour modifier notre stratégie. Nous avons commencé à mettre en place des changements l’an dernier. La concurrence d’EasyJet nous a obligés à insuffler beaucoup de créativité et d’engagement. De plus, Genève était un endroit idéal pour tester le renouvellement de notre offre. Nous voulons mettre à profit les expériences effectuées à Genève pour notre offre future à Zurich.

– 22 nouvelles offres proposées à partir de Zurich, une seule depuis Genève, vers Lugano. Ne voyez-vous pas de potentiel supplémentaire pour Swiss à Cointrin?

– Au contraire, je suis absolument convaincu qu’il existe encore un potentiel supplémentaire pour d’autres destinations à partir de Genève. Nous avons renforcé l’an dernier notre offre à Cointrin. Comme nous l’avons déjà beaucoup accrue en 2013 et 2014, nous ne prévoyons pas de la développer l’an prochain, car cela surchargerait notre organisation. Pour autant, cela ne veut pas dire que nous n’allons pas continuer de l’étendre à Genève à l’avenir. Quand Swiss disposera de sa nouvelle flotte d’appareils – en particulier les avions de type Bombardier CSeries –, nous aurons plus de flexibilité pour croître davantage. La situation à Genève sera réévaluée en 2016.

– Les relations entre la direction de Swiss et ses pilotes sont un sujet de conflit récurrent. A terme, les pilotes rattachés à la flotte régionale et ceux chargés des vols long-courriers chez Swiss resteront-ils soumis à des conditions différentes?

– L’idée de placer tous les pilotes dans un même corps a échoué. Les pilotes d’Airbus ont refusé un tel changement en début d’année. Deux types de contrats continuent ainsi à exister. Mais les employés soumis à ces deux types de contrats volent parfois aussi bien en Europe que sur des liaisons intercontinentales. Nous ne remettons pas en question l’existence de ces deux types de contrats. Dans la situation actuelle, seuls les pilotes régionaux disposent d’une nouvelle convention collective (CLA 2014+) via le syndicat IPG. De notre point de vue, la nouvelle convention mise en place avec les membres d’IPG est plus innovante et offre plus de flexibilité que celle conclue avec les pilotes d’Airbus.

– Selon Swiss, grâce à cette nouvelle convention collective plus flexible, il sera possible d’établir une base de pilotes à partir de Genève. Qu’en est-il exactement?

– Notre vœu est que des pilotes soient aussi stationnés à Genève. J’espère que nous pourrons commencer au cours de l’année 2015.

– En 2015, Swiss quittera Bâle. Les vols à bas coût y seront assurés par Eurowings, de Lufthansa. Les vols à bas coût ont-ils encore leur place chez Swiss, parallèlement à l’offre premium?

– Nous allons continuer à proposer une offre attrayante, également du point de vue de la tarification. Lorsque vous observez la structure des tarifs au sein de Swiss, vous pouvez vous rendre compte que nous avons beaucoup de prix tout à fait compétitifs, notamment pour les vols allers simples. Ce concept déjà mis en place à Genève le sera aussi à Zurich. De façon générale, l’offre de Swiss est attaquée par deux catégories de concurrents: par les compagnies low cost et par les compagnies en provenance du Moyen-Orient .