Eclipsé par l'entrée en Bourse réussie de Google – l'action a gagné 140% depuis août 2004 –, son principal concurrent Yahoo! était jusqu'à présent bien discret. Ses résultats annuels publiés tard mardi soir le replacent sous les projecteurs, et confirment surtout sa place de portail numéro un du Net. En 2004, la firme de Sunnyvale (Californie) a parfaitement réussi à profiter de la hausse massive de la publicité en ligne. Mais elle a aussi réussi le pari de diversifier davantage ses revenus en fidélisant ses internautes. En un an, son action a gagné 59%, ce qui valorise la société à 51 milliards de dollars.

En 2004, Yahoo! a vu son chiffre d'affaires atteindre 2,6 milliards de dollars (+77%), pour un bénéfice net de 526 millions (+121%). Ce chiffre inclut les 185 millions de dollars issus de la vente de 1,7 million d'actions de Google – Yahoo! en possède encore 4,2 millions.

La publicité a augmenté de 67% en un an, et représente bien sûr la principale source de revenus de Yahoo!, soit environ 85%. La firme a ainsi réalisé un résultat bien meilleur que ses concurrents, vu que les dépenses en publicité sur le Net ont augmenté globalement de 37% en 2004, pour atteindre 8,4 milliards de dollars, selon le cabinet JupiterResearch. Bannières, publicités sous forme de clips vidéo et recherches sponsorisées se sont ainsi multipliées sur le portail de Yahoo!. Et les prix flambent. Selon l'association américaine des annonceurs, le prix journalier d'une bannière sur la page d'accueil de Yahoo! ou MSN a doublé, pour atteindre 300 000 dollars. La tendance à la hausse devrait se poursuivre: selon JupiterResearch, la publicité en ligne devrait peser 16,1 milliards de dollars en 2001.

Objectif non atteint

Avec plus de 237 millions d'utilisateurs, Yahoo! est un site de choix pour les annonceurs. Mais malgré ces excellents chiffres, Terry Semel, à la tête de la société depuis 2001, ne peut être pleinement satisfait. Lors de son entrée en fonctions, il avait fixé comme objectif de réaliser 50% de ses revenus via des services non liés à la publicité. Or la hausse importante des annonces a mis à mal son plan, la publicité générant 66% des revenus en 2002, pour atteindre 85% actuellement. Le pari de Terry Semel n'est donc pas gagné, mais les derniers chiffres sont encourageants.

Les revenus non publicitaires ont ainsi crû de 41% en un an, surtout grâce à la hausse constante des internautes abonnés à des services payants. Ils étaient 7,6 millions à la fin du troisième trimestre, 8,4 millions fin 2004 (+71% en un an), et devraient être 11 à 11,5 millions fin 2005. Au quatrième trimestre, les abonnés ont ainsi versé 129 millions de dollars à Yahoo!. Pour quels services? La plupart sont des internautes connectés au service DSL de SBC, qui peuvent, moyennant un abonnement combiné, télécharger de la musique et la diffuser sur leur décodeur, ou encore gérer leur messagerie téléphonique, fixe ou mobile. Yahoo! dispose aussi d'abonnés payants au service de téléchargement de musique MusicMatch, racheté en 2004, ou encore à sa messagerie premium.

Yahoo! devrait voir ces revenus non liés à la publicité s'accroître en 2005, car la société innove constamment pour élargir son audience. Il a été l'un des premiers portails à proposer une messagerie gratuite de 250 Mo, et vient de lancer un service de recherche de vidéos sur le Net. La firme de Sunnyvale développe également son service de pages jaunes, pour lequel une inscription détaillée est payante. Yahoo! vient aussi de lancer un système de recherche de fichiers sur PC (LT du 17.01.2005). Google a beau être la société qui innove le plus en terme de services de recherche, Yahoo!, de par les multiples services proposés, demeurera en 2005 le portail le plus complet.