Il n'aura fallu pas plus de 26 mois pour construire l'usine de Toyota à Valenciennes. Un temps record. Le fruit de ce rude labeur a été dévoilé mercredi au public avec la première Yaris produite en France, une petite voiture concurrente de la Clio et de la Twingo. Les quelque 1100 employés peuvent être fiers: les délais de production ont été respectés. Toyota exporte la Yaris depuis avril 1999 sur le marché européen et n'a vendu pas moins de 650 000 voitures l'année dernière. Le groupe espère en écouler 800 000 d'ici à 2005 et faire grimper sa part de marché en Europe de 3,5% actuellement à 5%. En ce qui concerne l'usine de Valenciennes, Toyota mise sur une production de 60 000 voitures pour cette année et devrait atteindre sa capacité de production maximale en 2003 avec 150 000 voitures. Mais derrière ces chiffres encourageants, l'Europe reste un casse-tête chinois pour Toyota.

«Le marché européen est difficile et très concurrentiel», a regretté Hiroshi Okuda, le patron mondial du groupe nippon venu spécialement de Tokyo pour l'occasion. Toyota possède déjà deux usines de production au Royaume-Uni et une en Pologne, mais il ne cache pas que son implantation dans la zone euro lui facilitera l'accès à des clients et des fournisseurs qui opèrent dans la même devise. Toyota a enregistré une perte au Royaume-Uni l'année dernière, en raison du taux de change défavorable avec l'euro qui, depuis son lancement, a perdu 9% contre la livre sterling. Les faibles revenus générés par la vente de voitures sur le Continent n'ont pas réussi à balancer les coûts de production élevés au Royaume-Uni. La tête de pont de l'offensive commerciale du groupe sur le marché européen a donc été déplacée au nord de la France. Hiroshi Okuda n'a d'ailleurs guère l'intention de s'arrêter en si bon chemin.

Main-d'œuvre locale

C'est sous un concert d'applaudissements de ses employés qu'il a annoncé son intention d'agrandir le site de Valenciennes d'ici à 2003, afin de créer une nouvelle ligne de montage diesel pour la Yaris. Cet investissement représente 18 millions de francs français et la création de 50 emplois. Les responsables de Toyota espèrent dégager des bénéfices de cette nouvelle usine «dans le court terme», mais n'ont pas précisé de date. Hiroshi Okuda, qui se veut prudent, n'a pas non plus détaillé quand son groupe pensait renouer avec les chiffres noirs en Europe. «Toyota, tout comme les autres constructeurs automobiles japonais, a été influencé par des taux de change peu favorables, a-t-il déclaré. A un niveau d'environ 106 yens pour un euro, nous ne pouvons pas dégager de bénéfices.» Afin de réduire ses coûts de production mais aussi de produire des voitures d'origine «européenne», le groupe espère augmenter la proportion des pièces de la Yaris sous-traitées localement à 80%, d'un niveau de 70% actuellement. Selon Hiroshi Okuda, le site de Valenciennes n'emploie que trois fournisseurs japonais. L'embauche de la main-d'œuvre locale, c'est aussi ce que Toyota a recherché au niveau de ses employés. Presque tous (93%) viennent du Nord-Pas-De-Calais, dont 37% du bassin de Valenciennes. Dans une région tristement célèbre pour son taux de chômage, l'arrivée de Toyota a été bénéfique.

Près de 40% des recrues sont d'anciens demandeurs d'emploi et 30% occupaient auparavant un emploi précaire. Pour ces jeunes, Toyota leur a «donné une chance qu'il fallait saisir». Comme Frédérique Duriez, 25 ans, employée chez Toyota depuis le mois de juillet. «Je suis fière d'être là. Auparavant, j'étais au chômage. C'était dur de trouver du travail, mais ici, ils ont favorisé les jeunes. Le groupe m'a formée, je n'avais même pas besoin de diplôme. Quand j'ai besoin d'un conseil pour mon travail, ils viennent et m'expliquent». Selon un responsable du groupe, environ 80% des jeunes dans les ateliers ont moins de trente ans.