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De Yasmine Char à Henri Dès: ils racontent que signifient pour eux la réussite et le succès

La vision que nous avons du succès peut différer selon l’âge, la génération ou la culture. Découvrez quatre témoignages de personnalités suisses de différentes professions dont la vision de la réussite a évolué au fil des ans

Qu’est-ce que réussir sa vie? S’accorder avec son moi profond et rechercher une activité professionnelle qui nourrisse aussi bien le corps que l’âme, mais aussi avoir du temps libre, réussir à rester soi-même dans un monde qui tente de faire de nous ce que nous ne sommes pas, suivre son GPS intérieur ou encore éveiller des émotions, répondent Yasmine Char, Brigitte Rosset, Henri Dès et Carole Hubscher. Interviews.

Yasmine Char, écrivain: s’accorder avec son moi profond

«A 20 ans, je ne pensais pas en termes de réussite sociale ou de statut. J’ai grandi dans un pays en guerre, raison pour laquelle j’ai peut-être dès mon plus jeune âge eu conscience qu’être en vie est un cadeau inestimable. La vie n’a rien d’automatique ni d’évident. Certaines personnes se réveillent le matin et trouvent normal d’être en vie. Je fais partie de celles pour qui chaque souffle est une bénédiction, un miracle. Que vais-je faire de ce présent? Comment ne pas le gaspiller? Telles étaient les questions qui m’habitaient à 20 ans.

Cette quête de la vie belle et utile m’a poussée à rechercher une activité professionnelle qui nourrisse aussi bien mon corps que mon âme. J’ai quitté tous les emplois alimentaires qui bridaient mon imagination et m’imposaient des cadres rigides. Même lorsque je n’avais pas de plan de secours ou d’économies, je me posais cette question: suis-je heureuse de faire ce que je fais? Si la réponse était non, je sautais dans le vide à pieds joints. Je suis casse-cou. J’ai toujours considéré la peur de l’inconnu comme stimulante. Elle libère en nous des ressources insoupçonnées.

Aujourd’hui, je considère la réussite comme le fait d’être là où je dois être. C’est dépasser les strates superficielles, lorsque nos actes émanent de notre personnalité dans son entier et l’expriment. La vie est trop courte pour vivre en dissonance avec son moi profond.»

Brigitte Rosset, comédienne: avoir du temps

«A 20 ans, la réussite signifiait pour moi une salle remplie d’inconnus. A cet âge-là, lorsque la salle est pleine, c’est généralement parce que les copains et la famille sont venus en grand nombre. Je ne m’imaginais pas un jour pouvoir gagner ma vie grâce au théâtre et j’étais déjà très heureuse de pouvoir jouer.

Aujourd’hui, je considère la réussite comme le fait de pouvoir vivre de mon métier et surtout d’avoir du temps libre. J’ai également la chance de pouvoir choisir certains de mes projets et de lever le pied lorsque j’en ressens le besoin. Ça n’a de loin pas toujours été le cas. A mes débuts, j’acceptais toutes les propositions. J’étais reconnaissante d’être simplement appelée pour un rôle. Le jour où j’ai pu choisir mes textes et l’équipe artistique a été une consécration. Et bien entendu, être applaudie à la fin d’une représentation par des visages nouveaux reste toujours un immense bonheur.»

Henri Dès, auteur-compositeur: réussir à rester soi-même

«Lorsque j’avais 20 ans, j’étais très à l’écoute des autres et de leurs avis. Mes producteurs m’orientaient vers plusieurs directions musicales pour m’aider à atteindre la clé du supposé succès. Ils étaient ballottés par la mode du moment et me poussaient à faire des enregistrements pour plaire à un public qui suivait cette mode. Avec le temps, j’ai compris que la gratification immédiate que l’on obtient en suivant une tendance a un arrière-goût amer. La mode est un mouvement sans fin. Lorsqu’elle change, on est aussitôt démodé. J’ai côtoyé au cours de ma vie plusieurs artistes dont les carrières ont été très courtes car leurs styles musicaux épousaient les goûts et les envies du moment. En mûrissant, j’ai appris à ne plus faire de compromis avec ma vérité et à suivre ma boussole intérieure. Qui mieux que nous sait ce qui est bon pour nous? En définitive, le succès consiste à réussir à être soi-même dans un monde qui tente de faire de nous ce que nous ne sommes pas.»

Carole Hubscher, présidente du Conseil d’Administration de Caran d'Ache: éveiller des émotions

«Adolescente, je voulais être astronaute. Réussir, c’était partir à la conquête du ciel, embarquer à bord d’une navette spatiale pour observer la planète bleue, notre demeure à tous, d’un point de vue unique et privilégié. Aujourd’hui, après être redescendue sur terre, je considère la réussite comme le fait de parvenir, par mon travail, à éveiller des émotions chez les consommateurs. Les boîtes de crayons Caran d’Ache déclenchent, à l’instar de la madeleine de Proust, un voyage au cœur de la mémoire. L’odeur de cèdre qui s’en dégage rappelle l’excitation de la rentrée scolaire, la joie de retrouver ses camarades de classe, nos premiers dessins. Toutes les enfances habitent le même pays. Donner la possibilité aux gens de remonter le temps par le pouvoir évocateur d’un feutre bleu lavande ou vert prairie est devenu une fierté et la plus grande réussite de notre maison.»

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