La crise économique au Japon se poursuit. Mardi encore, le ministre des Finances Kiichi Miyazawa ne mâchait pas ses mots en affirmant que l'économie était dans un état de «sérieuse récession». Un verdict qui pourrait être confirmé le 12 mars, lors de la publication des chiffres du produit intérieur brut au dernier trimestre 2000. La mauvaise posture de l'économie japonaise s'est traduite depuis longtemps dans les cours de sa devise. Le yen a perdu près de 15% contre le dollar au cours des six derniers mois. Or, cette dégringolade ne semble guère inquiéter les responsables économiques de l'Archipel. Bien au contraire. «Un affaiblissement du yen est acceptable tant qu'il est naturel», a déclaré mercredi le ministre japonais des Finances, Kiichi Miyazawa. La devise n'en attendait pas moins pour poursuivre sa descente aux enfers. Un nouveau record de faiblesse a été atteint en fin de matinée mercredi: le dollar n'avait plus franchi la barre des 120 yens depuis juillet 1999.

L'arme de taux de change

Cette politique de laisser-faire ne serait pas innocente. Kazuo Ueda, un membre de la Banque du Japon, déclarait en début de semaine à la presse japonaise que l'affaiblissement du yen permettrait de revitaliser l'économie (en stimulant les exportations, ndlr) et d'enrayer la déflation dont souffre actuellement le Japon (en engendrant une inflation importée, ndlr). Les réformes en cours n'aboutissant pas pour remettre l'économie sur pied, l'arme du taux de change pourrait bien être la dernière solution. Les tentatives du gouverneur de la Banque du Japon, Masaru Hayami, pour réfuter cette idée n'ont fait que renforcer les traders dans leurs convictions.

Une nouvelle réduction

des taux aurait peu d'impact

Une dévaluation du yen, pourtant, aurait aussi des effets pervers. D'une part, elle augmenterait les prix à l'importation d'autres pays asiatiques en rendant les exportations japonaises plus concurrentielles, ce qui n'améliorerait pas les relations du Japon avec le reste de la région. D'autre part, une telle dévaluation rendrait l'importation de matériaux et de biens étrangers plus chers pour les compagnies japonaises. Ce qui, en définitive, pénaliserait leurs bénéfices.

Masaru Hayami, qui devrait quitter son poste sous peu (le nom de son remplaçant n'a pas encore été évoqué), n'exclut pas de revenir à une politique de taux d'intérêt zéro. Il reconnaîtrait ainsi son erreur d'avoir serré la vis trop tôt six mois auparavant, estimant alors que la reprise de l'économie japonaise était suffisante. La Banque a déjà réduit son taux de 10 points de base la semaine dernière à 0,15%. Mais pour les observateurs du marché, une nouvelle réduction aurait peu d'impact.