«La Banque centrale européenne (BCE) est prête à tout pour sauver l’euro… et croyez-moi, ce sera suffisant…» Avec cette seule phrase prononcée la semaine dernière, le président de la BCE, Mario Draghi, avait renversé les tendances baissières des marchés et insufflé une lueur d’espoir. Dès lors, tous les regards sont braqués sur les décisions concrètes qu’il pourrait annoncer ce jeudi à 14h à l’issue de la réunion mensuelle du directoire de la BCE.

Il est temps de passer des paroles aux actes, disent tous les investisseurs. L’urgence de la situation ne fait aucun doute. Le taux de chômage de la zone euro a atteint 11,2%, un nouveau record. L’Espagne affiche le plus haut niveau à 24% et même le moteur allemand montre des signes de faiblesse, le chômage étant reparti en hausse de 0,2% à 6,8% en juillet, après plusieurs mois de baisse.

Les perspectives pour la création d’emplois à court terme sont plutôt minces du fait que la zone euro n’échappera pas à la récession en 2012. Et ce, malgré les multiples mesures prises depuis décembre 2009 lorsque la crise de la dette a éclaté en Grèce. A ce jour, les Dix-Sept ont consacré 138 milliards d’euros pour sauver la Grèce, l’Irlande et le Portugal menacés de faillite. Ces pays ne sont de loin pas sortis de l’ornière alors que l’Italie et l’Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, se trouvent au bord du gouffre. Leurs dettes s’élèvent à 2500 milliards d’euros. A titre de comparaison, celle de la Grèce monte à 350 milliards. La semaine dernière, ces deux pays ont dû payer des taux d’intérêt au-dessus de 7% pour se refinancer. Les propos de Mario Draghi ont momentanément calmé les marchés mais le fait est que l’Espagne et l’Italie pourraient aussi avoir besoin d’aide. Dans ce cas, le Fonds européen de stabilité financière ne dispose pas de moyens suffisants et, pour l’heure, la création du Mécanisme européen de stabilité qui doit prendre la relève est contestée en Allemagne.

Attentes irréalistes

Par ailleurs, la politique du taux d’intérêt bas et de l’injection de 1000 milliards d’euros par la BCE dans le système bancaire visant à ouvrir le robinet de crédit n’a pas produit les effets escomptés.

Dans ce contexte, Stéphanie Kretz, membre de l’équipe chargée de la stratégie d’investissement chez Lombard Odier, met en garde contre des attentes irréalistes par rapport à Mario Draghi. Elle craint que la BCE ne s’attaque pas au vrai problème de la dette et se contente d’injecter de la liquidité. «Une telle mesure n’aura qu’un rebond temporaire», prévient-elle. Elle rappelle que la BCE doit agir dans le cadre de son mandat. Elle ne pourra pas contourner les réticences de l’Allemagne, le plus grand bailleur de fonds de la zone euro.