Un seul mot d’ordre: «se tenir prêts». A Bruxelles, les experts de la Commission européenne chargés des Affaires économiques ressemblent de plus en plus à des joueurs de poker face aux opérateurs financiers. Pas question de dévoiler leurs cartes tant que le Portugal, qui lance ce mercredi un emprunt test pour 1,25 milliard d’euros, n’aura pas donné son feu vert à un éventuel plan de sauvetage communautaire, sur le modèle de ceux concoctés pour la Grèce en mai 2010, et l’Irlande en décembre. Mais pas question non plus d’être pris au dépourvu.

Conformément à l’engagement solennel pris lors de leur sommet des 16 et 17 décembre 2010 par les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept, tout doit pouvoir être mis en œuvre pour soutenir la monnaie unique.

Le premier acte a lieu ce mercredi matin. Le président de la Commission, José-Manuel Barroso va donner à Bruxelles le coup d’envoi du «semestre européen», ce nouveau dispositif destiné à faire examiner par ses services les avants projets de budget des pays membres, pour formuler d’éventuels avertissements et recommandations (à suivre sur http://ec.europa.eu/avservices/player/streaming.cfm).

Concrètement, les gouvernements seront tenus de suivre les recommandations de Bruxelles notamment dans la préparation de leurs projets de budgets 2012 au deuxième semestre de cette année. Le suspense demeure toutefois sur l’automaticité des sanctions en cas de dérapage, atténué par les pays membres par rapport aux propositions initiales de l’exécutif communautaire mais que le parlement européen – co-décideur – va sans doute chercher à réinstaurer dans les négociations à venir.

Simultanément, la Commission va remettre l’accent sur le cadre macroéconomique indispensable au retour de la confiance dans la zone euro. Dans un rapport rendu public aujourd’hui, celle-ci exhorte les Etats-membres à faire beaucoup plus d’économies budgétaires par rapport à ce qui est prévu et à augmenter l’âge du départ à la retraite, afin de ramener «dans un avenir proche» les niveaux de dette publique des pays vers le seuil de 60% du PIB fixé par le Pacte de stabilité. Le document plaide aussi pour «davantage d’efforts pour mettre fin aux dispositifs de mise à la retraite anticipée» des salariés, beaucoup trop coûteux pour les finances publiques. L’âge moyen de départ à la retraite au sein de l’UE se situait en 2008 à 61,4 ans, d’après des calculs récents de la Commission.

Le deuxième acte se déroulera dans les prochains jours. D’abord lors de la réunion des ministres de l’Economie et des Finances de la zone euro et de l’UE, les 17 et 18 janvier. Puis lors du prochain sommet des dirigeants de l’Union prévu à Bruxelles le 4 février. Bien qu’officiellement consacré aux questions énergétiques, ce sommet s’annonce en effet comme une nouvelle réunion au chevet de la monnaie unique, avant que les chefs d’Etat ou de gouvernement ne se retrouvent à nouveau en mars pour discuter des contours et des compétences du futur mécanisme permanent de secours qui verra le jour à partir de 2013.

Le coup d’envoi d’une riposte massive à l’instabilité des marchés a été donné ce mercredi dans les colonnes du Financial Times par le Commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn. Dans une tribune intitulée «De nouvelles réformes peuvent casser le cycle de la dette en Europe», celui-ci se dit favorable à un renforcement immédiat de la capacité de prêt du mécanisme financier de secours d’urgence (EFSF), basé à Luxembourg et à un élargissement de son mandat. Cette intervention fait écho aux annonces parues dans la presse financière internationale sur le projet de doubler les ressources actuelles de ce fonds. L’une des options envisagées serait que les Etats membres accordent à l’EFSF de nouvelles garanties, à hauteur de 350 milliards d’euros, en plus des 440 milliards actuels. L’EFSF, qui emprunte sur les marchés avec la meilleure note Triple A, n’est intervenu pour l’heure qu’en faveur de l’Irlande, pour un montant d’une vingtaine de milliards d’euros.

Une autre option envisagée est celle d’une mutualisation partielle des emprunts obligataires des Etats-membres, ouvrant ainsi la porte à la création d’euro-obligations proposées notamment par le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker. Lequel s’exprimera ce mercredi soir à Zurich, lors d’un débat au Schauspielhaus (http://www.schauspielhaus.ch/home) face à Christoph Blocher.

L’idée, souvent évoquée, d’une procédure de défaut pour les pays les plus mal en point de la zone euro comme la Grèce a, en revanche, été de nouveau catégoriquement écartée par Olli Rehn mercredi: «Une telle restructuration de la dette aurait un effet si problématique de contagion sur la zone euro que nous ne voulons pas en arriver là. Ce n’est pas une route que nous souhaitons emprunter».