YouTube veut se réconcilier avec l’industrie du disque. Attaquée, la plateforme américaine multiplie les gestes de bonne volonté. Dernier exemple en date: la signature d’un accord, jeudi 8 décembre, avec la National Music Publishers' Association. Selon le «New York Times», la filiale de Google s’est ainsi engagée à verser plus de 40 millions de dollars de royalties à cette association professionnelle qui défend les intérêts des grandes maisons de disques aux Etats-Unis.

Deux jours auparavant, YouTube avait déjà mis en avant les sommes versées au monde de la musique: 1 milliard de dollars au cours des douze derniers mois. «Et ce n’est qu’un début», promet Robert Kyncl, le directeur des opérations commerciales de la plateforme.

Près de 4% du chiffre d’affaires du secteur de la musique

Avec plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde, «YouTube est la plate-forme la plus populaire pour écouter des chansons», note Mark Mulligan, directeur du cabinet MIDia Research. Ces derniers mois, le géant de la vidéo en ligne est aussi «devenu le nouvel ennemi public numéro un», poursuit le spécialiste. Selon ses détracteurs, YouTube représenterait 40% de la consommation totale de musique mais seulement 4% du chiffre d’affaires du secteur. C’est moins que les recettes générées par les ventes de vinyles.

Lire aussi: Google achète FameBit afin de valoriser YouTube

Deux points cristallisent les tensions. D’abord, les clips postés sans l’autorisation des artistes. Comme les autres sociétés internet, YouTube est protégé, par une loi votée en 1998, d’éventuelles poursuites judiciaires liées à des contenus publiés illégalement par leurs utilisateurs. En échange, ces sites doivent proposer des outils aux détenteurs de droits pour retirer les vidéos ou les chansons en infraction.

YouTube dispose ainsi d’un dispositif, baptisé Content ID, qui permet de détecter et de supprimer les vidéos ne respectant pas les droits d’auteur. Mais, l’industrie du disque estime qu’il n’est pas assez efficace, car rien n’empêche de publier à nouveau les contenus supprimés. «Les artistes doivent envoyer une notification à chaque fois qu’une chanson est mise en ligne par un utilisateur», dénonce Irving Azoff, un célèbre manager.

Les artistes montent au front

En juin, les grandes maisons de disques, les associations professionnelles et près de 200 artistes, dont Taylor Swift, U2 et Paul McCartney, ont adressé une lettre ouverte au Congrès américain. Ils réclamaient une modification de la loi, «qui a permis aux grandes entreprises technologiques de générer d’importants profits» alors que «les revenus des auteurs et artistes se sont effondrés».

Deuxième problème: les commissions payées sur chaque écoute. Pour les professionnels de la musique, le modèle économique de YouTube ne leur rapporte pas assez. La plateforme reverse une partie des recettes publicitaires générées par les chaînes officielles des artistes. Selon les estimations de MIDiA Research, cette commission s’élève en moyenne à 0,0008 dollar par écoute, soit moins que la partie gratuite du service concurrent Spotify. En outre, les clips postés par les utilisateurs ne rapportent rien aux artistes.

Lire aussi: YouTube fête ses 10 ans avec une concurrence de plus en plus vive

D’autres services gratuits d’écoute musicale sont également dans le collimateur de l’industrie du disque, qui rêve d’une généralisation des abonnements mensuels. «Plusieurs modèles peuvent réussir», assure Robert Kyncl. L’an passé, la société a ainsi lancé une offre sur abonnement, baptisé YouTube Music.

Le timing de ces déclarations n’est pas anodin: les accords de licence conclus entre YouTube et les maisons de disques sont arrivés à leur terme en avril. Et les négociations entre les deux parties n’ont toujours pas abouti. Mais ces annonces n’ont pas convaincu tout le monde. «Il y a peu de raisons de se réjouir, dénonce l’IFPI, la Fédération internationale de l’industrie phonographique. YouTube, le plus grand service de musique à la demande au monde, ne paie pas aux artistes et aux producteurs un tarif raisonnable pour la musique.»

Lire également: Les stars de YouTube tiennent salon à Genève