La date coïncide avec la fête nationale, un symbole comme les Chinois les apprécient. Annoncée fin 2015, l’entrée du yuan (CNY) au sein du cercle fermé des monnaies de réserve internationales prend effet ce 1er octobre. Pékin n’a pas ménagé ses efforts pour rendre sa devise plus accessible dans le monde. La semaine dernière, le dernier trou majeur dans l’infrastructure mondiale a été comblé. New York dispose à son tour d’une banque qui peut directement alimenter les Etats-Unis en yuans, grâce à l’entité américaine de Bank of China. Hongkong, Londres, Francfort ou Zurich appartiennent à cette infrastructure depuis longtemps.

La monnaie du peuple (renminbi), son véritable nom, le yuan étant une unité de compte, rejoint le dollar américain, l’euro, le yen et la livre sterling dans le panier de monnaies utilisé par le Fonds monétaire international (FMI). Cette inclusion fait entrer le yuan dans la haute finance internationale. Les banques centrales sont d’ailleurs en train de constituer leurs réserves. La Banque nationale a ainsi fait passer ses avoirs en yuans de zéro en 2014 à près de 2,7 milliards de francs fin 2015.

Trois arguments pour convaincre

Les investisseurs privés pourraient eux aussi être intéressés par le renminbi. Cet été, dans un rapport réservé aux professionnels, HSBC évoque trois arguments pour les convaincre. D’abord, le rendement. Dans un environnement de taux sans risque nuls, voire négatifs, les titres souverains chinois à 10 ans rémunèrent au moins 3%. Cela vaut pour le marché dit «offshore», celui des titres en CNY cotés en dehors de Chine et qui pèse 110 milliards de dollars. Tout comme pour celui dit «on-shore», de 6100 milliards, à l’accès plus difficile pour les étrangers.

Deuxième argument évoqué par HSBC, la diversification. Le cours des obligations chinoises réagit peu à celui des autres titres internationaux. Cela pourrait changer, à mesure que la Chine ouvre son marché des capitaux, nuance la banque, mais la taille de la deuxième économie de la planète la rend moins sensible aux événements du monde.

Enfin, troisième argument, la demande internationale pour le renminbi devrait croître, portée à la fois par les dernières mesures annoncées par Pékin pour faciliter l’entrée des capitaux étrangers et l’inclusion attendue des titres chinois dans les indices que suivent en particulier les investisseurs institutionnels. Dans le dernier classement trisannuel de la Banque de règlements internationaux, publié ce printemps, le yuan se hisse au huitième rang des devises les plus échangées (4% du total, contre 2,2% en 2013), juste derrière le franc (4,8%).

«Attention au risque de change»

«Pour le moment, la plupart des investisseurs internationaux n’ont pas ou très peu de renminbi dans leurs portefeuilles», confirme Daryl Liew. Le gérant de portefeuille de Reyl à Singapour avertit tout de même qu’à court terme, «il faut faire attention au risque de change». Bien que fixé, et contrôlé, chaque jour par la banque centrale chinoise (PBOC), le renminbi a perdu 2,5% face au dollar depuis le début de l’année, et 5% face au franc.

«Le renminbi va continuer à se déprécier, parce que la PBOC va laisser faire» et non de manière délibérée, avançait la semaine passée Eric Fishwick, économiste du CLSA, lors du forum annuel courtier hongkongais. «Plus son cours est déterminé par le marché, plus ses fluctuations vont augmenter», reconnaît Juzhong Zhuang. L’économiste de la Banque asiatique du développement, qui présentait ses prévisions mardi à Hongkong, estime cependant qu'«il n’y a pas de raison pour assister à une dépréciation importante du renminbi. Les autorités chinoises s’y sont engagées.» D’autant que cela reste cohérent avec les réformes structurelles de l’économie.

Il y a toutefois d’autres risques. «Grâce aux obligations privées, les investisseurs prêts à prendre des risques pourront obtenir des rendements à deux chiffres, mais à condition de savoir les choisir», prévient Daryl Liew. Pour HSBC, un investisseur qui ne connaît pas ce marché «pourrait le trouver très dangereux». Par exemple, un titre noté AA en Chine peut ne valoir qu’un simple B sur les marchés internationaux, soit un niveau inacceptable pour quantité de caisses de pension.