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Yves Mirabaud est le nouveau président de l’Association des banques privées suisses

L’associé senior de l’établissement genevois Mirabaud & Cie succède à Christoph Gloor dont la banque bâloise La Roche & Co a récemment été rachetée par Notenstein. Dans une interview accordée au Temps, il fait le point sur les défis qui l’attendent durant son mandat de trois ans

Yves Mirabaud a été élu mercredi après-midi, à l’issue d’une assemblée générale, au poste de président de l’Association des Banques privées suisses. L’associé senior de la banque Mirabaud, qui entre en fonction immédiatement, succède ainsi à Christoph Gloor.

Le Temps: Comment s’est déroulée votre nomination?

Yves Mirabaud: Quand j’ai appris que les activités de la Banque La Roche & Co. SA étaient reprises par Notenstein au mois de février, je me suis douté que mon tour de présidence allait arriver [ndlr: Christoph Gloor, associé de la banque bâloise a été président de l’association jusqu’en février 2015]. Plus sérieusement, cela fait dix ans maintenant que je m’occupe des conditions cadres qui entourent le secteur bancaire, ceci en représentant Mirabaud soit au sein du groupement des banquiers privés, soit, depuis sa création début 2014, au sein de l’Association de banques privées suisses.

– Avec le changement de statut de Pictet, Mirabaud et Lombard Odier l’année dernière, votre association a-t-elle encore une raison d’être? Ou ne vaudrait-il pas mieux se regrouper avec l’association des banques de gestion?

– Ce n’est pas parce que nous avons changé de forme juridique que nos valeurs, nos principes et notre culture d’entreprise ont changé. Bien au contraire. Les propriétaires de nos établissements, leur stratégie et cette vision à long terme qui nous est propre restent les mêmes. Tout cela représente un modèle unique par rapport à des banques qui peuvent être cotées en bourse. Il est évident que pour ce qui concerne les conditions cadres nos préoccupations sont très proches de celles des banques de gestion. Voilà pourquoi nous collaborons de manière étroite avec l’association présidée par Boris Collardi [ndlr: directeur de Julius Baer].

– Quel est le principal objectif de votre association?

– Nous voulons nous assurer que les conditions cadres permettent d’éviter une concentration bancaire trop importante. Et donc que la réglementation reste adaptée à la taille des établissements. Il faut pouvoir permettre aux établissements de toutes tailles de subsister. Sans quoi l’on risque de se retrouver avec un petit nombre de mastodontes, ce qui ne permettra pas à la clientèle de pouvoir bénéficier d’une diversité de l’offre suffisante.

– Des rachats interviennent régulièrement, impliquant notamment des banques étrangères…

– Oui, et la consolidation va se poursuivre. Mais jusqu’où? On l’ignore, mais ce qui est clair, c’est qu’il faut des lois et des réglementations adaptées à la taille des établissements. Les autorités ne peuvent pas exiger la même chose d’une banque cantonale, d’une banque de gestion ou d’une grande banque. Prenez l’échange automatique d’informations, il faut pouvoir négocier des accords similaires avec l’ensemble de nos partenaires, car si le modèle est différent pour chaque pays, une petite banque ne pourra pas suivre. Jusqu’ici, les principales réorganisations sont intervenues dans les grandes banques. En termes de destructions d’emplois, c’est comme si plusieurs établissements avaient disparu. Les banques de plus petites tailles ont souvent continué, elles, de créer de l’emploi, mais surtout à l’étranger en raison de la difficulté de l’accès aux marchés en Europe et des conséquences de la votation du 9 février.

– Justement, l’accès aux marchés financiers européens est une revendication de longue date des banques. Ce dossier progresse-t-il?

– Il y a des avancées, pays par pays. Cela progresse en Allemagne et des discussions pourraient être lancées avec la France et l’Italie. Mais on peut regretter que cela se fasse après l’acceptation de l’échange automatique d’informations. Dans l’idéal, il faudrait pouvoir négocier directement avec l’Union européenne, mais cela n’est pas possible tant que les négociations sur un accord institutionnel et sur les suites du 9 février ne sont pas conclues. Cela étant dit, si nous obtenons l’accès au marché dans sept à dix ans, il sera trop tard. Les banques se seront développées dans les pays qui les intéressent, au détriment de la place financière suisse.

– Les taux d’intérêt négatifs sont également au centre de vos préoccupations…

– Les banques spécialisées dans la gestion de fortune et dont les bilans sont très conservateurs et liquides ont trois possibilités aujourd’hui. Soit elles prennent les intérêts négatifs à leur charge et leurs résultats en sont pénalisés. Soit elles les répliquent sur leurs clients et sont pénalisées par rapport à la concurrence. Soit elles réduisent la qualité de leur bilan, en investissant en compte propre ou en procédant à des opérations commerciales, et augmentent ainsi leur risque. Mais aussi celui de toute la place financière. Je doute que ce soit le but de la Banque nationale suisse (BNS). Ce que nous remettons en cause ce n’est pas la décision d’instaurer des taux d’intérêt négatifs mais plutôt la méthode de leur mise en place. On applique des taux négatifs aux seuls avoirs qui excèdent 20 fois les réserves minimales. Or, à la fin de l’année dernière, les grandes banques avaient un multiple de 12 fois, les banques cantonales de 16 et la moyenne des banques suisses de 23. Pour certaines banques spécialisées dans la gestion de fortune, ce multiple était et reste beaucoup plus élevé. Ce sont donc elles qui sont surtout taxées.

– Faut-il comprendre que vous réservez votre premier coup de fil officiel à la BNS?

– Malheureusement le dialogue avec eux est difficile sur ce sujet. Ce qui ne veut pas dire que nous n’allons pas continuer à nous en occuper, surtout si la BNS en venait à vouloir abaisser encore ces taux négatifs.

– Quelle serait la solution selon vous?

– La logique voudrait que toutes les banques soient obligées de charger leurs clients non-domiciliés en Suisse. Que ceux-ci paient une prime s’ils entendent toujours pouvoir bénéficier du franc comme valeur refuge. Je ne sais pas si cette solution est juridiquement possible, si l’on peut traiter une partie de la clientèle différemment. Mais il me semble que le but de la BNS ne devrait pas être de pénaliser les personnes qui vivent en Suisse, dont le franc est la monnaie de référence.

– Les relations ne sont pas faciles avec la BNS, elles ne l’étaient pas avec la Finma non plus. Depuis, cette dernière a changé de directeur avec la nomination de Mark Branson il y a un an. Est-ce que les rapports se sont améliorés?

– Evidemment, nous ne sommes pas toujours d’accord. Nous nous inquiétons de certains excès, de la part de la Finma, mais pas seulement, du Département fédéral des Finances, aussi. Mais le dialogue s’est bien reconstruit avec la nouvelle direction et les rapports se sont nettement améliorés.

– Avez-vous des nouvelles de vos membres concernant le programme américain de régularisation?

– Je ne suis informé en rien. Surtout que notre banque [Mirabaud & Cie] n’a pas choisi de participer au programme. D’ailleurs, ce n’est pas un sujet associatif, chaque banque le traite indépendamment.

– Reste que le sujet préoccupe la place financière. L’amende de BSI vous a-t-elle semblé élevée?

– En observant le déroulement du programme américain de régularisation, on se rend compte que la pratique américaine du droit est peu comprise en Suisse. Avec BSI, des experts ont calculé que l’amende correspondait à 8% des actifs liés à des clients américains et que c’était donc peu alors qu’on parlait de ratio pouvant aller jusqu’à 50%. Mais c’est sans tenir compte de la mise en pratique. Aux Etats-Unis, l’avant – comment a été traité la clientèle américaine – et l’après – à quel point la banque a coopéré – ont une influence très importante. Il est donc très aléatoire de tirer une conclusion qui s’appliqueraient aux autres banques faisant partie de la catégorie deux du programme, comme BSI.

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