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Chantier, prises de vues du 30 mai 2012, film 4
© yves-andre.ch / DR

Horlogerie

Zenith devient un site touristique

L’entreprise locloise s’est associée avec Tourisme neuchâtelois pour proposer une visite hebdomadaire dans ses locaux. Enfin une marque horlogère et les autorités du même canton font front commun, commente notre journaliste Valère Gogniat 

C’est assez rare pour le souligner. Jeudi, le logo de la marque horlogère Zenith côtoyait de près celui du Pays de Neuchâtel. Les deux entités étaient réunies dans la manufacture locloise pour célébrer ce qui était présenté comme une «première mondiale»: l’inauguration d’un circuit touristique au sein même de la fabrique de montres.

Lire aussi: Zenith entrevoit l’équilibre

L’usine de la marque en mains du groupe de luxe LVMH sera désormais ouverte au public une fois par semaine. Moyennant 40 francs, le quidam pourra ainsi profiter d’une visite guidée de 2h30 dans les couloirs sinueux de la manufacture. Il assistera notamment aux différentes étapes de la fabrication d’une montre mais sera également familiarisé avec le patrimoine horloger neuchâtelois. S’il est convaincu, il pourra s’offrir une Zenith à la fin de la visite.

Les horlogers difficiles à convaincre

Une «première mondiale»? Peut-être bien. La marque Corum, à La Chaux-de-Fonds, entrouvre déjà ses portes aux touristes, mais elle ne peut rivaliser avec le patrimoine historique de Zenith. Fondée au Locle en 1865, la marque à l’étoile y fabrique toujours 95% de ses montres et possède une réputation – notamment dans la chronométrie – difficile à égaler. «C’est rare qu’un conseiller d’Etat se déplace dans une entreprise pour une conférence de presse, assurait Jean-Nathanaël Karakash, chargé du Département neuchâtelois de l’économie. Mais il s’agit ici d’un projet qui met non seulement en valeur la richesse économique de notre région mais également sa culture et son patrimoine.»

Yann Engel, de Tourisme neuchâtelois, est l’une des chevilles ouvrières de ce projet. Celui qui a été engagé pour vendre le canton de Neuchâtel à l’étranger raconte: «Lorsque l’on n’a pas le Cervin dans son jardin ou le Jet d’eau dans son lac, c’est difficile de faire venir quelqu’un chez nous. Mais ce qui nous distingue, c’est nos montres.»

Sur le papier, lier le tourisme régional à l’industrie horlogère est une évidence. Surtout depuis que les deux villes des Montagnes neuchâteloises ont été inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco en 2009 grâce à leur urbanisme horloger. Dans les faits, ce n’est pourtant pas si simple. «Le public, les restaurateurs, les hôteliers, les politiciens… Tout le monde reconnaissait qu’il s’agissait d’une bonne idée. Mais les horlogers ont refusé, prétextant qu’ils n’étaient pas là pour faire du tourisme», se rappelle Yann Engel.

Vers de futurs développements?

La poussière, la sécurité, la confidentialité, ou la volonté de ne pas trop dévoiler les dessous de la fabrication de leurs pièces… Les manufactures avaient plusieurs raisons de garder leurs portes fermées. Mais, en 2014, une rencontre entre Yann Engel et Jean-Claude Biver – responsable du pôle horloger de LVMH (Hublot, TAG Heuer et, justement, Zenith) – a changé la donne. Et ce projet à 800 000 francs (financé notamment par l’Etat, la Loterie Romande et Zenith) a pu voir le jour. Le scénographe Michel Etter a eu besoin de quatre ans pour trouver la bonne manière de mettre en scène cette visite.

Pour Yann Engel, cette attraction devrait devenir le «point d’orgue» de ce que Tourisme neuchâtelois peut offrir en matière d’horlogerie aux visiteurs du canton. Le projet pourrait-il s’étendre à d’autres marques horlogères? «Zenith a joué le jeu et nous fait confiance depuis quatre ans. Mais si le fonctionnement est optimal et que les retours sont bons, rien n'exclut que l’on étende cette proposition», conclut Yann Engel.


Commentaire

Les marques horlogères ne doivent pas oublier les Montagnes

Enfin une marque horlogère neuchâteloise et les autorités du même canton font front commun. L’annonce, jeudi, de l’ouverture d’un circuit touristique chez Zenith est une excellente nouvelle. Et l’on ne peut que souhaiter que ce projet connaisse le succès qu’il mérite.

Mais cette annonce ne doit pas faire oublier l’essentiel: ce partenariat n’est qu’une goutte d’eau dans un lac de relative indifférence. A part lorsqu’il s’agit de construire une nouvelle usine – ou, au pire, d’en fermer une –, les relations que les marques horlogères entretiennent avec les autorités neuchâteloises sont extrêmement limitées.

Il faut dire que, depuis que les centres de décision des entreprises ont été déplacés sous d’autres cieux, il ne reste là-haut plus que les fabriques, idéalement situées près de la frontière franco-suisse pour profiter de la manne des travailleurs frontaliers.

Pourtant, même depuis leurs quartiers généraux éloignés, les grands noms de la montre ne doivent pas oublier les Montagnes neuchâteloises. Ce n’est évidemment pas là qu’elles pourront faire fructifier leur chiffre d’affaires. Mais voyons plus loin!

Pour pouvoir, demain, vanter l’origine de leurs produits, il faut investir, aujourd’hui, sur la région qui les fait naître. Vendre une montre à plusieurs milliers de francs sera toujours plus facile si les marques peuvent se reposer sur l’image d’une région dynamique et florissante. Plutôt que sur celle d’une triste banlieue industrielle en voie d’abandon. V. G.

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