Gestion

Zeno Staub: «Dans la gestion, parfois même les stars doivent s’intégrer au système»

Le départ de Rajiv Jain de Vontobel s’est traduit par la sortie de 11,8 milliards de francs, mais le bénéfice net semestriel du groupe est supérieur aux attentes

Lors de la présentation à la presse des résultats de Vontobel, mardi à Zurich, l’attention s’est concentrée sur le départ de Rajiv Jain. L’ancien directeur de la boutique «Quality Growth» était à la tête d’une société gérant 37 milliards de francs d’actifs, dont 20 milliards en actions des pays émergents. Dans son sillage, 11,8 milliards de francs d’actifs ont quitté cette boutique.

Les actifs gérés par l’ensemble du groupe se sont réduits de 5% à 140 milliards. «Le résultat semestriel est très sain et prouve que notre modèle répond aux besoins des clients», a déclaré Zeno Staub, président de la direction du groupe Vontobel. Le bénéfice net s’est accru de 8,1% à 105,7 milliards de francs.

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Les objectifs à moyen terme sont déjà atteints au premier semestre 2016: Le rendement des fonds propres s’est hissé à 14,4% alors que l’objectif pour 2017 est de dépasser 10%. L’action s’est appréciée de 4% portant la valeur boursière du groupe à 2,6 milliards de francs.

-Le Temps: Dans la gestion d’actifs, Avec le départ de Rajiv Jain en mars, lequel a gagné 60 millions de francs l’an dernier, les actifs sous gestion ont baissé de 12 milliards, mais le bénéfice s’est accru de 26% grâce à la baisse de son coût. Préférez-vous une hausse du bénéfice ou des actifs?

Zeno Staub: Je préfère que nous clients soient satisfaits et que le bénéfice soit élevé. Dans la transition intervenue à la tête de la boutique «quality growth», nous devons distinguer entre la perspective du client et celle de l’actionnaire. Dans le premier cas, la priorité est accordée à la solution qui a été trouvée pour sa succession. Nous devons pouvoir regarder les clients dans les yeux et leur montrer que nous avons fait tout le nécessaire pour défendre leurs intérêts. Cette boutique est gérée par toute une équipe d’experts au bénéfice d’une expérience moyenne de 22 ans et non par une seule personne. Matthew Beckendorf, le successeur de Rajiv Jain, y travaille depuis 17 ans et aucun autre gérant n’est parti.

La priorité doit être accordée à la qualité de la performance et à la stabilité de l’équipe. Je crois que nous avons correctement maîtrisé ce passage de témoin. Certains clients retirent leur argent dès l’annonce du départ du directeur des investissements parce que leurs directives d’investissement le prévoient ainsi. Ce sont les règles du jeu. Il faut continuer de faire en sorte que la performance reste au rendez-vous.


-Et sous l’angle de l’actionnaire?

Je ne connais aucun actionnaire dont la rémunération provient du total des actifs. Les dividendes sont distribués à partir du bénéfice. C’est la rentabilité qui m’importe en premier. Nos actionnaires devraient donc être satisfait.


-Le public s’arrête aux 60 millions de rémunération, un montant qui évoque les stars du football. Quelles leçons tirez-vous de cet événement?

La première leçon m’amène à rappeler que la gestion d’actifs ne fonctionne qu’avec de brillantes personnalités et des talents exceptionnels. Lorsque Rajiv Jain nous a rejoints, la stratégie ne portait que sur 350 millions de francs. A fin juin 2016, cette boutique gère 37 milliards de francs. Il est évident que cette attitude entrepreneuriale mérite une rémunération adéquate. Il faudrait ajouter que nous ne commentons pas les rémunérations individuelles de nos employés.

L’autre leçon, que nous avons toujours tirée, tient au fait que les processus et la philosophie d’investissement appartiennent à l’entreprise et à son ADN. Si nous avions acheté cette boutique et ses processus, elle ne serait pas enracinée dans les gènes de Vontobel et la succession serait nettement plus compliquée. Allez à New York et visitez cette boutique! Ces gens vivent et meurent avec ce processus d’investissement. C’est une question de foi. Les gérants sont convaincus que c’est la seule façon de gérer de l’argent.

Une autre leçon se rapproche du football. Il existe un système de jeu au sein duquel même les stars doivent s’intégrer. Et si une star est transférée ailleurs, le système est maintenu.


-Seul le résultat compte. Est-ce que la performance de cette boutique vient des 26 gérants restés fidèles ou de celui qui est parti?

Nous sommes convaincus que les processus et la philosophie sont déterminants et qu’avec cette équipe, sous la direction de Matthew Benkendorf, les résultats resteront brillants.


-Dans la gestion de fortune, vous engagez de nombreux gérants. Est-ce que vous profitez des difficultés de Credit Suisse?

Comme d’autres, nous engageons aussi quelques talents de Credit Suisse. Mais nous n’établissons pas notre stratégie sur la base des faiblesses éventuelles des autres instituts. Les commentaires portant sur la grande banque sont mitigés. On peut profiter de ses difficultés à court terme, mais tous les établissements présents en Suisse ont intérêt à avoir une place financière forte avec deux grandes banques qui sont actives à l’échelle internationale.


-Vos fonds propres sont très abondants à un moment où le ménage a été fait dans les actifs des banques suisses. Pourquoi augmentez-vous les recrutements plutôt que d’acheter une autre banque?

Nous devons présenter une solide croissance interne pour nous profiler comme un établissement susceptible de procéder à une acquisition. La fusion de deux instituts sans croissance ne rend personne heureux, car l’avenir ne peut être favorable que si l’on peut croître seul. La question n’est pas de savoir si nous voulons racheter une banque. Nous avons racheté des instituts qui correspondaient à nos critères, dans la gestion d’actifs et la gestion de fortune. Ce n’est pas le capital, ni la volonté qui nous font défaut, mais nous voulons rester prudents.


-Avec la montée des incertitudes politiques en Europe, est-ce que davantage de capitaux viennent en Suisse?

Les capitaux ne réagissent pas à des changements de perception à court terme. Les discussions avec les clients montrent que la Suisse est, à leurs yeux, plus attractive que jamais avec sa stabilité politique, sa fiabilité, sa sécurité. La réputation de la Suisse s’est, à nouveau, encore améliorée.


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