La zone euro a donné son feu vert au plan d’aide aux banques espagnoles, qui prévoit une enveloppe pouvant aller jusqu’à 100 milliards d’euros, a annoncé vendredi l’Eurogroupe des ministres de Finances de la zone euro dans un communiqué.

«Nous avons formalisé ce qui avait été discuté lors des deux dernières réunions de l’Eurogroupe. Nous avons formellement approuvé le protocole qui fixe les conditions dans lesquelles il est possible de prêter de l’argent à l’Espagne pour la recapitalisation de ses banques,» a précisé à Bruxelles devant la presse le ministre des Finances du Luxembourg, Luc Frieden.

Les ministres ont estimé que «fournir un prêt à l’Espagne pour recapitaliser ses banques est nécessaire pour garantir la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble», ajoute le communiqué. La décision a été prise à la mi-journée lors d’une brève conférence téléphonique qui était uniquement consacrée à ce sujet.

«Les besoins spécifiques des banques seront déterminés sur la base d’un audit (...) qui doit être finalisé en septembre», souligne aussi le communiqué, sans donner de détails sur le calendrier des versements.

Via le FESF

L’aide sera octroyée via le Fonds de soutien de la zone euro (FESF) puis le Mécanisme de stabilité (MES), appelé à lui succéder rapidement. Elle sera ensuite transmise au Fonds public d’aide pour les banques espagnoles, le Frob.

Le FESF va de plus «mettre de côté 30 milliards d’euros» fin juillet, en cas de besoin urgent de recapitalisation des banques espagnoles cet été, comme déjà annoncé.

En échange de son aide, la zone euro va imposer des conditions strictes «qui se concentreront sur le secteur financier»: les banques espagnoles devront présenter des plans de restructuration conformes aux règles sur les aides d’Etat et mettre à l’écart leurs actifs douteux dans une structure de défaisance, ou «bad bank».

La régulation et la supervision bancaire devront également être renforcées. Cela pourrait passer par des inspections de la Commission européenne dans tout établissement bancaire espagnol, d’après un projet de mémorandum qui a fait l’objet de fuites.

De nombreux analystes craignent qu’au final, le plan d’aide mis sur pied par la zone euro soit insuffisant. Ce d’autant plus que l’économie espagnole devrait se contracter en 2012 de 1,5%, contre 1,7% prévu auparavant, soit une récession légèrement moindre que prévu, mais rester dans le rouge en 2013 avant de renouer avec la croissance en 2014, a annoncé vendredi le ministre du Budget Cristobal Montoro.

Valence demande de l’aide

En 2013, le gouvernement attend désormais un recul du PIB de 0,5%, alors qu’il prévoyait une faible croissance de 0,2%, soit «une poursuite de la récession, mais atténuée», a ajouté M. Montoro, en présentant les prévisions économiques du gouvernement après le Conseil des ministres. Le taux de chômage dans le pays, le plus élevé des nations industrialisées, devrait atteindre 24,6% en 2012, un chiffre légèrement supérieur aux 24,3% attendus initialement, a annoncé vendredi le gouvernement.

L’Espagne devrait enfin renouer avec la croissance en 2014, avec une économie à nouveau en progression de 1,2%, contre 1,4% attendu jusqu’à présent, a indiqué le ministre du Budget. En outre, la région de Valence, souffrant d’un manque de liquidités, a demandé vendredi l’aide de l’Etat

Dans la foulée, le taux d’emprunt à 10 ans de l’Espagne continuait à se tendre vendredi dans l’après-midi à 7,19%, se rapprochant de son plus haut historique. Le rendement espagnol, qui évolue en sens inverse de la demande, atteignait 7,196% contre 7,065% dans la matinée et contre 6,968% jeudi à la clôture. Il avait atteint 7,24% le 18 juin en cours de séance.

La remontée du taux sur dix ans espagnol sur le marché secondaire, où s’échange la dette des Etats déjà émise, intervient au lendemain d’une adjudication espagnole à moyen et long terme qui s’est traduite par une forte hausse des taux concédés par Madrid. De son côté, la Bourse de Madrid a plongé vendredi de plus de 5% dans l’après-midi.