José-Manuel Barroso n’a pas répondu aux questions des journalistes. A Bruxelles ce mercredi, le président de la Commission européenne a préféré, dans la grande salle de presse du Berlaymont (le QG de l’exécutif communautaire) lancer un appel solennel: «Personne ne doit se faire d’illusion, la situation est très grave» a-t-il affirmé, estimant que si le second plan de sauvetage de la Grèce n’est pas bouclé, «les conséquences se feront entendre partout en Europe et au delà».

Les marchés financiers, après le décrochage spectaculaire des bourses européennes ces derniers jours, semblent croire en la capacité de l’eurozone à réagir: la bourse de Madrid affichait ainsi une hausse de 3% en milieu de journée, malgré les doutes persistants sur la capacité de l’Espagne à redresser ses finances publiques. Le Portugal a par ailleurs levé mercredi 750 millions d’euros de dette à court terme, soit le montant minimum prévu pour cette opération, marquée par des taux en légère hausse.

L’appel de José-Manuel Barroso, à l’évidence, s’adresse en priorité à l’Allemagne alors qu’Angela Merkel doit recevoir en fin de journée le président français Nicolas Sarkozy à Berlin, pour convenir d’une position commune avant le sommet extraordinaire de l’eurozone, qui s’ouvrira jeudi vers midi à Bruxelles.

La chancelière allemande a ces jours-ci alterné le chaud et le froid, affirmant d’un côté la nécessité de trouver un remède à la crise de la dette souveraine grecque, mais estimant de l’autre que cette réunion des dix-sept pays dotés de la monnaie unique ne pourrait pas accoucher d’une «solution spectaculaire». «J’entends prononcer des mots comme restructuration de la dette, obligations européennes, union de transferts […] et cela donne l’impression que le sujet Grèce et le sujet euro pourront ensuite être mis de côté» s’est-elle inquiétée mardi, affirmant croire à «des mesures supplémentaires, (mais) pas un grand pas qui solutionne tous les problèmes».

La question la plus compliquée, pour le sommet européen de jeudi, vient du fait que plusieurs problèmes doivent être simultanément surmontés par la zone euro. Le plus urgent, au cœur des divergences entre l’Allemagne et la plupart des autres pays, est celle de l’implication des banques privées dans le second plan de sauvetage de la Grèce, qui pourrait atteindre 115 milliards d’euros (contre 110 milliards accordés en mai 2010). Le second défi concerne la capacité du Portugal et de l’Irlande, l’un comme l’autre sous assistance financière de l’UE, à tenir leurs engagements budgétaires et financiers. Une baisse des taux d’intérêts, plus un allongement de la durée des prêts européens pourrait d’ailleurs leur être consenti. Troisième défi enfin: la mise en place d’une gouvernance économique crédible au niveau de la zone euro. Ce qui passe par un accord avec le parlement européen, toujours arc-bouté sur la question des sanctions préventives automatiques en cas de dérapage des finances publiques d’un Etat membre. Une idée de plus en plus en vogue à Bruxelles consiste aussi à envisager un Ministère des finances de l’eurozone, afin de mettre en œuvre les réformes adoptées pour accroître la convergence et la compétitivité des pays dotés de la monnaie unique, et d’en finir avec la cacophonie au plus haut niveau.

Preuve que l’état d’urgence est déclaré, les communiqués se multiplient à l’approche du sommet. Le premier ministre polonais Donald Tusk, dont le pays n’est pas membre de la zone euro mais assume la présidence tournante de l’UE, a affirmé attendre «des décisions rapides et précises concernant la crise». «Une solution durable doit être trouvée» a pour sa part affirmé la porte-parole du gouvernement français Valérie Pecresse. Les Etats-Unis ont aussi montré ces dernières heures qu’ils se tenaient étroitement informés de la situation: le président Barack Obama a eu mardi soir une conversation téléphonique avec Angela Merkel, et le ministre des Finances grec Evangélos Venizelos sera lundi à Washington pour des entretiens avec le secrétaire au Trésor et avec la directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde.