L’euro bondissait lundi matin à Tokyo face au dollar, les cambistes saluant l’annonce dimanche par les pays de la zone euro d’un plan de soutien financier sans précédent à la Grèce.

Vers 02H35 GMT sur le marché tokyoïte, la monnaie européenne valait 1,3644 dollar, contre 1,3497 dollar vendredi soir à New York. L’euro se renforçait également face à la devise japonaise, à 127,15 yens contre 125,78 vendredi.

Des semaines d’hésitations

Les pays de la zone euro ont mis dimanche à la disposition de la Grèce un plan d’aide sans précédent, passant par des prêts d’au moins 30 milliards d’euros pour l’aider à sortir de la crise budgétaire dans laquelle elle est engluée et qui fragilise l’Europe tout entière.

Au cours d’une réunion par téléconférence convoquée d’urgence, les ministres des Finances de la zone euro se sont mis d’accord sur les conditions de ce programme inédit depuis le lancement de la monnaie commune en 1999, a annoncé leur chef de file, le président luxembourgeois de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

«Les Etats membres de l’Eurozone vont mettre à la disposition» de la Grèce «des fonds via des prêts bilatéraux», a expliqué M. Juncker pendant une conférence de presse à Bruxelles, précisant que «tous les Etats membres de la zone euro participeront» au plan en fonction de leurs moyens.

Le FMI aussi sollicité

Le Fonds monétaire international (FMI) a salué le plan de soutien financier à la Grèce et se tient «prêt à se joindre à cet effort», a annoncé son directeur général Dominique Strauss-Kahn dans un communiqué.

Le programme envisagé court sur trois ans. Et «le montant total pris en charge par les Etats membres de la zone euro pour la première année s’élèvera à 30 milliards d’euros», un «chiffre qui doit être complété» par le FMI, a souligné M. Juncker. «Les montants pour les années suivantes seront déterminés ultérieurement, en fonction de l’évolution de la situation financière de la Grèce», a-t-il encore dit.

L’enveloppe globale envisagée, incluant la contribution du FMI, pourrait atteindre jusqu’à 45 milliards d’euros la première année, dans la mesure où les Européens ont indiqué travailler sur la répartition suivante du financement: les deux tiers en incomberaient à la zone euro, qui doit être majoritaire, et un tiers au FMI.

Une réunion d’experts de la Commission européenne et du FMI est prévue pour lundi à Bruxelles afin de finaliser les détails.

Un mécanisme pas encore enclenché

L’accord de dimanche a permis de valider un compromis technique déjà trouvé au niveau des hauts fonctionnaires vendredi à Bruxelles.

«Nous sommes désormais opérationnels si le mécanisme» doit être «activé», a souligné M. Juncker, en précisant toutefois que, pour le moment, «aucune décision d’activation» n’a été prise.

Pour le moment, le plan de soutien se veut un message destiné à rassurer les marchés sur la disponibilité de l’Europe à aider la Grèce, les promesses faites jusqu’ici ayant été jugées trop peu concrètes.

Le ministre des Finances George Papaconstantinou a qualifié dimanche à la télévision cet accord de «très important» tout en précisant de nouveau qu’Athênes n’avait pas demandé d’activer le mécanisme et juge qu’elle s’en sortira par ses propres moyens grâce aux mesures d’économies budgétaires déjà prises.

Une aide, pas une subvention

Toutefois, de l’avis des professionnels des marchés, il est de plus en plus probable qu’Athènes va recourir au plan de soutien européen.

Les pays de la zone euro sont disposés à prêter des fonds à la Grèce à un taux «autour de 5%», soit nettement moins que le taux de 7,5% dont doit s’acquitter l’Etat grec aujourd’hui sur les marchés obligataires, a précisé Olli Rehn.

Il a toutefois réfuté l’idée selon laquelle cela constituerait une «subvention» à la Grèce. L’Allemagne en particulier a insisté pour que les taux ne soient pas trop bas, afin de ne pas donner le sentiment qu’on récompense les mauvais élèves de la zone euro.

La Grèce est confrontée depuis plusieurs mois à une crise budgétaire sans précédent.

Du fait de l’ampleur de ses déficits, beaucoup plus élevés que prévu, et de sa dette (300 milliards d’euros), le pays éprouve des difficultés grandissantes à emprunter sur les marchés financiers qui ont perdu confiance et fixent des taux toujours plus élevés. Ces derniers atteignent actuellement plus du double de ceux en vigueur pour l’Allemagne.