Éditorial

Zoug dans le Far West numérique?

La ville s'est positionnée comme un des centres mondiaux pour le développement des technologies liées aux monnaies virtuelles et a attiré des start-up prometteuses. Mais aussi des entrepreneurs, qui semblent plus avides de gain facile que de projets pour changer le monde

Zoug est devenue un petit laboratoire technologique en Suisse. La ville, qui se situe à 30 kilomètres de Zurich, se trouve à la pointe dans les monnaies virtuelles, comme le bitcoin, et les technologies qui leur sont associées. Pour l’essentiel, les innovations sont le fait de start-up et apparaissent comme prometteuses aussi pour des entreprises traditionnelles. Les banques, notamment, suivent de près les développements dans cette nouvelle finance.

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Les Zougois tirent aussi des bénéfices de cet environnement, autres que des rentrées fiscales supplémentaires et de nouveaux emplois: une renommée mondiale. Les adeptes de cryptomonnaies, une communauté grandissante dans le monde, sont aujourd’hui en majorité capables de situer sur une carte cette bourgade pourtant d’à peine 30 000 habitants. Le succès de la «Crypto Valley», terme choisi en clin d’œil à la Silicon Valley, déteint aussi sur les Zougois. A l’automne, ils seront les premiers en Suisse à se voir offrir une identité numérique.

Revers de la médaille virtuelle

Mais la médaille, même virtuelle, a un revers. Cette année s’est développée une nouvelle tendance: des levées de fonds à hauteur de dizaines de millions de francs et ultra-rapides pour financer des projets qui débutent à peine. Extrêmement risquées, pas réglementées, ces opérations nommées «Initial Coin Offering (ICO)» sont pour la plupart incompréhensibles à un non-initié.

Elles se produisent partout dans le monde, mais aussi beaucoup au cœur de la Suisse. La plupart d’entre elles sont certainement le fait de développeurs informatiques honnêtes, mais quelques cas récents commencent à inquiéter, y compris dans ce milieu. Un exemple? Une start-up californienne a créé une fondation à Zoug quelques semaines avant de lever 232 millions de dollars en juillet. Or, on ne sait pas vraiment à quoi servira l’argent, ni quelles sont les activités en Suisse. D’autres levées de fonds ont suscité les mêmes doutes.

Car il y a un danger dans ce phénomène qui prend des airs de ruée vers l’or dans le Far West: celui d’y voir le moyen de se faire de l’argent facile avant même d’avoir boulonné un projet, tout en profitant d’impôts plus faibles et d’une réglementation jugée plus souple.

Zoug est un pionnier des cryptomonnaies. Il serait préférable qu’elle ne se transforme pas en plateforme du cryptosecret sur les cendres du secret bancaire et de ses dérives. Même malgré elle.

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