Dans cette curieuse salle des marchés, au rez-de-chaussée de l'Institut für Empirische Wirtschaftsforschung (IEW) de l'Université de Zurich, une vingtaine d'étudiants vont passer une partie de leur après-midi à boursicoter. En silence: ils ne doivent pas communiquer entre eux ni avec l'extérieur pour ne pas être influencés dans leurs décisions. Le «jeu» est relativement simple. Chacun dispose d'un certain montant qu'il peuvt investir en actions ou en obligations. Au début de chacune des 15 périodes de 150 secondes de la partie, les étudiants choisissent le montant qu'ils vont placer à taux fixe et le cash qui servira à acheter des actions d'entreprises fictives dont ils savent qu'elles versent un dividende de façon aléatoire. On leur annonce en outre que la banque centrale, incarnée par Urs Fischbacher, responsable du laboratoire qui supervise l'expérience, peut agir sur les taux d'intérêt si elle estime que le prix des actions est déconnecté des fondamentaux. A la fin, les comptes sont dressés. Ce jeudi de décembre, le meilleur de ces traders aura gagné plus de 50 francs. Les participants reçoivent un minimum de 10 francs. En ajoutant ce qu'ils gagnent grâce aux transactions, «ils obtiennent en moyenne ce qu'ils auraient en faisant un autre travail rémunéré», estime Urs Fischbacher.

C'est d'ailleurs l'appât du gain qui incite ces étudiants à se soumettre au stress du marché. Tous inscrits à l'Université de Zurich, ils ne suivent cependant pas un cursus d'économie ni de psychologie. «Comme ces derniers connaissent la mécanique de ces expériences, ils pourraient en fausser le résultat», explique Urs Fischbacher. Etudiant en mathématiques, Stefan participe régulièrement aux expériences conduites par l'IEW mais vient pour la première fois de s'essayer à la Bourse virtuelle. «Un exercice plus difficile que les précédents mais aussi plus intéressant. Il faut tout décider vite. On n'a pas le temps de s'ennuyer.»

Sur les écrans s'affichent trois colonnes avec les prix demandés, les prix offerts et le prix auquel s'effectuent les transactions. Contre toute attente, la séance commence mal car les cours perdent plus de la moitié de leur valeur en quatre périodes, sans raison apparente. La banque centrale décide alors de ramener ses taux d'intérêt de 5% à 3%. Hélas, un mouvement inverse se produit alors, les actions s'appréciant de 45% en une période. Sans le vouloir, la banque centrale a elle-même créé une bulle! Elle se voit donc contrainte de resserrer sa politique pour la juguler, avec succès. «Ajuster les taux d'intérêt au bon moment reste une des questions les plus délicates», conclut Urs Fischbacher.