Développement

Comment Zurich est devenu la capitale technologique de la Suisse

Il existait déjà un écosystème avant l’arrivée de Google à Zurich. Mais la présence du géant américain a dopé l’attractivité de la place et sa visibilité. De Facebook à Amazon, la région zurichoise profite de ce gigantesque aimant pour attirer des sociétés tech

Zurich n’est pas qu’une place financière. Depuis quelques années, elle s’est aussi transformée en capitale de la technologie en Suisse. L’effet Google, qui n’a cessé de s’étendre depuis 2004? En partie, mais pas seulement.

«Google est venu à Zurich, parce que la région est intéressante dans son domaine, entre l’université, l’EPFZ, la culture de création de start-up et l’existence d’un cluster (pôle de compétitivité). Ensuite, c’est un processus dynamique: une fois sur place, Google a aussi contribué au développement de ce pôle technologique en le rendant encore plus attractif», explique Georg von Krogh, professeur à l’EPFZ et spécialiste des clusters.

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IBM et Microsoft depuis des décennies

Très visible, Google n’est pourtant pas la première société technologique américaine à s’être installée sur les bords de la Limmat (ou de la Sihl). IBM s’est implantée dans le canton en 1956, tandis qu’un centre de recherche de Microsoft existe à l’est de la ville depuis 1989.

Mais c’est Google, qui est devenu un argument pour la promotion économique zurichoise: «Nous essayons de construire autour de sa présence. Elle nous aide, parce que cela montre que la Suisse, ce n’est pas qu’une histoire d’impôt, mais que l’innovation y est florissante», explique Lukas Sieber, responsable du Greater Zurich Area aux Etats-Unis, basé à New York. Ce d’autant que dans la Silicon Valley, «les entreprises ont tendance à faire ce que font leurs concurrentes», poursuit-il.

Amazon en 2016

Et les arrivées se poursuivent. Le canton de Zurich n’a pas encore de chiffres pour l’année 2016, mais ses services estiment qu’elles suivent la tendance de 2015, qui avait vu l’installation de six entreprises dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC). Parmi les plus connues, Amazon a fait son apparition au printemps dernier, avec son entité Web Services, pour l’informatique en nuage. «Le groupe a en outre annoncé qu’il veut faire de Zurich sa plus importante localisation en Europe pour son entité Amazon Data Services», explique Anita Martinecz Fehér, responsable adjointe du développement du site pour les TIC au canton de Zurich. Elle souligne aussi l’arrivée du studio de design de jeux vidéo Gobo en 2014. Evernote fait aussi partie des nouveaux venus, tandis que Facebook a racheté la start-up Zurich Eye l’an dernier. Pour la spécialiste, l’intérêt des grandes multinationales pour Zurich est d’ailleurs aussi lié à ses nombreuses start-up. Faceshift, racheté par Apple ou Skybotix par GoPro, représentent d’autres exemples. Légende urbaine, il se murmure d’ailleurs qu’Apple compte un laboratoire secret dans la ville.

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Ce sont désormais près de 50 000 employés qui officient dans les TIC dans l’ensemble du canton, soit le tiers du total suisse. Signe d’une ébullition récente, le nombre d’entreprises dépasse même celui du secteur de la finance (5085, selon les statistiques les plus récentes du canton à fin 2013, contre 3751), même si le nombre total d’employés reste inférieur (90000). En valeur ajoutée, la technologie à Zurich représente 34% du total en Suisse. Ensemble, Vaud et Genève comptent pour moins de la moitié (14,1%)

digitalswitzerland pour la promotion

Qualité de vie, taxation douce, présence de Google et d’universités bien classée, d’un écosystème de start-up et lancement d’initiatives multisectorielles comme digitalswitzerland pour promouvoir la place expliquent cette évolution. Mais son amorce vient aussi la finance: c’est aussi grâce à elle que la technologie s’est développée pour répondre à ses besoins informatiques, rappelle Hannes Gassert, serial entrepreneur, qui a notamment fondé à Zurich l’agence de développement web Liip, qui compte 160 employés et un bureau à Lausanne.

Dans la bataille pour attirer les autres géants du web, l’arc lémanique est vu davantage comme un hub complémentaire, dans la sécurité par exemple, que comme un rival. Même à l’étranger, les autres centres de la technologie ne sont pas forcément vus comme des ennemis: «Il existe un lien avec Berlin qui devient toujours plus intense et permet à des start-up de se lancer dans l’une des villes et se développer ensuite dans l’autre», poursuit Hannes Gassert.

Reste un écueil: le canton dispose-t-il de suffisamment de main-d’œuvre? «Cela devient de plus en plus dur. Et, à ce titre, la présence de Google est à double tranchant car elle intensifie la concurrence pour les talents. Il y a encore à faire pour motiver davantage d’étudiants à se lancer dans l’informatique», ajoute Hannes Gassert. Outre les talents, un autre enjeu reste à affronter: si beaucoup d’entreprises américaines semblent convaincues de l’intérêt de la Suisse, tout reste à faire pour attirer la Chine et l’Asie en général.

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