Cette fois la nouvelle est officielle. Zurich Financial Services (ZFS) est prise dans les mailles du filet tendu par le procureur de New York. «Nous avons suspendu un petit nombre d'employés aux Etats-Unis, a indiqué vendredi Daniel Hoffman, porte-parole de ZFS. Nous continuons à collaborer pleinement avec la justice américaine.» Le «nettoyeur», l'un des surnoms d'Eliot Spitzer, a déclaré le mois dernier la guerre aux pratiques douteuses des courtiers en assurance.

Les personnes impliquées travaillaient dans l'unité North America Commercial, spécialisée dans la couverture des entreprises. «Un tiers des primes encaissées par Zurich Financial Services provient de cette activité», souligne Son Nam Nguyen, analyste à l'UBP à Genève.

Les investisseurs n'ont pas été surpris que le scandale touche la compagnie zurichoise. Elle est fortement ancrée sur le marché américain. «Il y avait peu de chances que le troisième assureur aux Etats-Unis y échappe», confie l'analyste.

La nouvelle n'a d'ailleurs pas fait de dégâts en Bourse. Le cours de l'action a même gagné du terrain en matinée. «Le titre a réagi positivement aux bons résultats publiés vendredi par Allianz», explique Son Nam Nguyen. Il a finalement terminé la séance au même niveau que la veille (178,4 francs).

De son côté, Swiss Re échappe pour le moment aux foudres de la justice américaine. Le réassureur suisse est également très exposé aux Etats-Unis. «On n'a pas été contacté par le procureur Spitzer, affirme Simone Lauper, porte-parole de Swiss. Mais il est impossible de spéculer sur le futur et on reste très attentif.»

Sanctions limitées

L'impact devrait resté limité pour ZFS, ce qui n'est pas le cas du courtier Marsh & McLennan (MML). Ce dernier est loin d'être sorti d'affaires. «Il risque bien de payer le prix fort, comme Enron ou Arthur Andersen dans d'autres dossiers, prévoit un gérant de fonds genevois. A l'opposé, les assureurs s'en sortiront avec une amende.» C'est également l'avis de Son Nam Nguyen: «Il est peu probable que la santé financière de ZFS soit remise en question par les pénalités à venir.»

Les résultats opérationnels de ZFS ne devraient pas trop en souffrir. Au contraire des courtiers, MML en tête, les assureurs ne profitaient pas des commissions occultes. «Les rétrocessions constituaient une part substantielle du revenu des courtiers, précise le gérant de fonds. Les assureurs vivent, eux, de l'encaissement des primes.»

La (bonne) réputation de James Schiro, le directeur général de ZFS, constitue aussi un atout pour franchir l'obstacle new-yorkais. «Il n'a pas l'habitude d'être complaisant, confie le gérant de fonds. Il va faire le ménage.»

Le scandale des commissions occultes a été mis à jour par Eliot Spitzer à la mi-octobre. Il a touché de plein fouet le numéro un mondial du courtage en assurance, Marsh & McLennan. Ce dernier aurait orienté sa clientèle vers les compagnies d'assurance lui versant les plus importantes rétrocessions. Les clients, à savoir des sociétés, n'obtenaient pas les polices les plus attractives. En plus, les assureurs s'entendaient sur les prix pour gagner à tour de rôle des marchés. Un système de collusion connu sous le nom de «bid rigging».