Banques

Le Zurichois Herbert Scheidt pressenti pour reprendre la présidence de l’ASB

Après une longue recherche, le principal lobby bancaire s’accorde sur le patron de Vontobel pour succéder au banquier privé genevois Patrick Odier pour défendre les intérêts de la place financière suisse

La fumée blanche est finalement sortie de la salle de réunion du conseil d’administration de l’Association suisse des banquiers (ASB). Après plusieurs mois de recherches et d’hésitations, l’organe dirigeant du principal lobby bancaire suisse s’est accordé sur un candidat unique pour succéder le 15 septembre prochain à Patrick Odier à sa présidence. Sauf monumentale surprise, celle-ci sera dès lors assumée par Herbert Scheidt, président de la banque Vontobel, établissement zurichois de taille moyenne, cotée en bourse et actif principalement dans la gestion de fortune.

Le candidat présenté par les 19 membres du conseil d’administration sera présenté aux membres de l’ASB lors de la Journée des banquiers, qui aura lieu le 15 septembre prochain à la grande salle du restaurant Aura, à quelques pas de la Paradeplatz, le coeur de la place bancaire zurichoise.

Restaurer l'unité de l'association

Le nouveau président devra restaurer l’unité d’une association dont les membres affichent leurs désaccords depuis que la Suisse a été contrainte d’abandonner le secret bancaire. Les grandes banques ont créé en 2013 leur propre relais à Bruxelles auprès des institutions européennes, le Swiss Finance Council. Les banquiers privés, autrefois rassemblés dans une structure unique, ont assisté à l’émergence d’une seconde organisation, l’Association des banques de gestion.

Elu en 2009, Patrick Odier avait d’abord dû répondre aux urgences: faire face aux assauts américains et européens contre le secret bancaire; puis, lorsque l’échange automatique d’informations a été inéluctable, intégrer ce nouveau modèle avec le moins de dommage possible pour la place; enfin, adapter la réglementation bancaire helvétique au droit européen dans l’espoir de gagner un accès au marché, question qui est loin d’être réglée.

«Patrick Odier a su développer un partenariat intense avec le Secrétariat d’État aux questions financières internationales», se réjouit le conseiller national PLR genevois Christian Lüscher. «Ce lobby n’est plus le rouleau compresseur d’il y a dix ans. Il est devenu plus constructif, accompagne davantage le changement», observe son collègue socialiste vaudois Jean-Christophe Schwaab, ancien président de l’Association des employés de banque. «Ce lobby reste néanmoins celui des grandes banques, ce qui accroît la frustration d’acteurs plus petits», critique néanmoins son collègue UDC genevois Yves Nidegger.

Commission de désignation

La recherche d’un nouveau président a été longue et difficile. Pour la première fois, le conseil d’administration a nommé une commission de désignation, ou Findungskommission, constituée de trois membres: le président de Credit Suisse Urs Rohner, le directeur général de la Banque cantonale de Zurich Martin Scholl, et Yves Mirabaud, associé de la banque privée genevoise du même nom. Pour être précis, «Urs Rohner a fait les téléphones pour identifier le bon candidat avant de les soumettre aux deux autres membres», indique une source.

Plusieurs noms ont circulé. Pierin Vincenz, l’ancien patron des Raiffeisen, est néanmoins apparu comme trop «one-man-show», manière de fermer la porte à celui qui, le premier, a plaidé pour la fin du secret bancaire et l’échange automatique d’informations. Lukas Gähwiler, patron sortant de la division suisse d’UBS, avait contre lui tous ceux qu’effraye la perspective d’être dirigé par la grande banque. Boris Collardi, directeur général de Julius Bär, avait la faveur des banquiers privés mais a refusé de quitter sa banque. Olivier Steimer, de la BCV, n’a pas eu assez d’appuis, de même qu’Alexandre Zeller, président de la Bourse suisse.

Désigner le «patron des banquiers» consiste à mettre d’accord une majorité des dirigeants de quelque 300 établissements basés en Suisse dont les intérêts peuvent être très divergents. Entre les deux grandes banques, les banques, les banques cantonales et les Raiffeisen, les banques de gestion et les banques étrangères, il y a parfois de profonds abysses. De plus, chaque région du pays veut défendre ses intérêts propres.

Solide expérience bancaire et politique

Enfin, les susceptibilités doivent être ménagées: les grandes banques ne veulent pas d’un représentant d’une petite institution active seulement sur le marché intérieur; et personne ne veut d’un représentant d’une grande banque.

La perle rare doit donc avoir une solide expérience bancaire, mais aussi politique, bien connaître le pays, avoir une grande ouverture vers l’étranger, être à l’aise en allemand, français et anglais (au moins) et accepter de travailler beaucoup, pour la gloire. Patrick Odier consacrait quelque 80% de son temps à l’ASB sans être rémunéré. C’est pourquoi jusqu’alors, les présidents étaient pour la plupart d’entre eux alternativement banquiers privés bâlois et genevois.

Cette ère est désormais terminée. Le prochain président est basé à Zurich, double-national suisse et allemand. Néanmoins, l’établissement qu’il dirige est focalisé sur la gestion de fortune. Il lui a permis de recevoir quelque 2,5 millions de francs de rémunération l’an dernier, de quoi consacrer du temps pour l’industrie en général.


Gérant de fortune à l'ancienne

Détenteur des passeports allemand et suisse, Herbert Scheidt, 65 ans, est un pur produit de la banque privée. Il est à la tête de Vontobel depuis 2002. D’abord en tant que directeur général puis, dès 2011, en tant que président. Sous sa direction, la banque a plus que triplé sa masse sous gestion, à 187 milliards de francs, mais le bénéfice est resté stable, aux alentours de 180 millions de francs.

Sous ses ordres, sa banque n’a pas été mêlée à un scandale majeur, sinon au fait d’abriter une partie de la fortune d’un fraudeur fiscal allemand notoire, Ueli Hoeness, l’ancien président du club de football du Bayern Munich.

Herbert Scheidt a auparavant passé vingt ans auprès de Deutsche Bank, dont il a dirigé entre 1996 et 2001 la filiale genevoise, reconnue comme le pôle international de la gestion de fortune pour le groupe allemand. Il passe sa dernière année à diriger l’ensemble des activités helvétiques.

Originaire de la Ruhr, où sa famille était active dans l’industrie textile et l’immobilier, il a gardé des liens solides dans les milieux gouvernementaux en Allemagne. En Suisse, il siège aux conseils de l’assureur Helvetia, de la bourse suisse SIX et de l’industriel Hero.

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