Je referme la porte. Enfin. Là, en mon intérieur, les bruits du monde ne peuvent m'atteindre. Les poussières sales des marchés qui s'effritent ne parviendront pas à s'immiscer sous ma porte. Ma maison est mon refuge. Je m'emmitoufle dans mon canapé large et mœlleux qui rend les règles de la bienséance désuètes. Des règles édictées pour des temps plus cléments certainement. On ne tient pas longtemps le dos droit quand on est à moitié allongé sur des coussins dodus qui invitent à une indolence réparatrice. On s'oublie plutôt. Mon lit m'attend, king size, avec son matelas haut, son sommier haut et son surmatelas. Il ressemble à ces lits des hôtels cinq étoiles où l'on ne fait que passer en douceur. Oubliés les futons à qui l'on devait prêter allégeance au moment du coucher: se plier bien bas en une sorte de révérence fastidieuse, répétée nuit après nuit. Je ne suis plus au service de mon lit. Il a pris des centimètres pour m'être agréable et je lui en sais gré (lire p. 6). On s'y enfonce comme dans une matrice protectrice. Des centaines de ressorts au mètre carré m'assureront des rêves plus doux.Au réveil, je me rends dans mon salon de bain. Oui, salon, pas salle de bains. Un sas, un lieu de transition entre les songes et la réalité. Quelques meubles y ont fait leur entrée. Ils ne sont plus des alibis conçus pour entourer les lavabos et servir de réceptacle aux objets triviaux du quotidien – brosses à dents, à cheveux, crèmes pour ne pas vieillir, déodorants pour ne pas sentir, médicaments pour ne pas tousser, pince à épiler, rasoirs – qui nous rappellent notre nature à polir. Les murs se revêtent de mosaïques précieuses, de revêtements imitant le cuir ou le croco (lire p. 20 et 21). Les baignoires jouent plusieurs rôles.

On passe du temps dans ce lieu de repli, cette pièce de soin de soi. Les matériaux riches y font une entrée discrète, comme l'ébène de Macassar, un bois très prisé dans les années 30 et oublié depuis.Ma maison est mon refuge. Je fais comme les Danois: «Avoir un environnement cosy est essentiel pour nous qui passons beaucoup de temps à la maison en raison de la rudesse des conditions climatiques», confie le conservateur du Danish Museum of Art and Design de Copenhague (lire p. 22 à 25). Il n'y a pas que la rudesse des conditions climatiques qui poussent à mettre le nez dedans. Et à l'y laisser… Avant de sortir, on jette un dernier regard dans son miroir (lire p. 4 et 5). Jamais en a-t-on vu autant, partout des miroirs. «Souris puisque c'est grave», chantait Alain Chamfort en 1990. Ça ne pouvait quand même pas être aussi grave qu'aujourd'hui? Alors on sourit encore plus grand, encore plus fort. On ouvre la porte et…Notre maison est notre refuge. Il est même un couple d'architectes qui ont enfermé la leur dans une coquille de bois comme un escargot. Une maison gigogne (lire p. 17 à 19). Là, en leur intérieur, les bruits du monde ne peuvent pas les atteindre…