Elle a pour elle l’innocence de la jeunesse et la timidité qui l’accompagne. Face à une horde de calepins, souvent ses pupilles se baissent, fixent un point rassurant – ses doigts qui s’entremêlent. Sur ses ongles brillent le rouge et le blanc, les couleurs de la Suisse, évidemment; un plaisir qu’elle s’est accordé au Village olympique. A 19 ans, Elise Chabbey croque ses premiers Jeux. «Les premiers jours, je courais de tous les côtés dans le Village olympique», raconte-t-elle, évoquant le cliché qu’elle a pu y prendre de la vedette du basket français Tony Parker. Elle y a aussi aperçu Jo-Wilfried Tsonga et Novak Djokovic. «Mon entraîneur a dû me modérer un peu pour que j’évite de trop me disperser.»

La dernière chance

Diplômée récente du Collège de Saussure, la Genevoise a hérité de la passion du canoë-kayak comme d’un virus familial nourri depuis plusieurs générations. Pas au point de rêver des Jeux olympiques de Londres. «Je visais plutôt Rio en 2016, admet-elle. Du coup, on ne peut pas dire que je prépare cette échéance depuis plusieurs années.» Il faut préciser qu’Elise Chabbey a composté son ticket pour ces Jeux lors de la course de la dernière chance. «Comment je l’ai vécue? Comme ça», sourit son coach Eric Labarelle, qui, de ses mains, mime de violents tremblements. «On a beau faire toutes les analyses du monde, toutes les statistiques du monde, poursuit-il, au moment où les athlètes s’élancent, il ne nous reste plus qu’à croiser les doigts et à serrer les fesses.» Pour corser l’instant, la kayakiste a enduré une première manche mitigée, avant de toucher l’avant-dernière porte lors de la seconde. De quoi faire bouillonner les émotions.

Désormais, voici Elise Chabbey résidente du Village olympique, et ce, depuis le 16 juillet. Elle y partage sa chambre avec Sabrina Jaquet, joueuse de badminton neuchâteloise. Surtout, elle tente d’apprivoiser l’exigeant bassin sur lequel peuvent se braquer 15 000 regards, et surnommé le «bassin aux mille rouleaux».

Aucun moment de répit

«Il a été baptisé ainsi parce qu’il y a tout le temps, tout le temps des rouleaux, sourit l’athlète. Il ne permet aucun relâchement, il oblige à une attention soutenue, ne tolère aucun moment de répit sous peine de perdre ses appuis et la trajectoire. Il est dur mais j’arrive de mieux en mieux à y faire ce que je veux.» Eric Labarelle n’est pas soucieux. «C’est un bassin olympique, il est donc logique qu’il soit rude, estime le coach. Et encore, lorsqu’il était neuf, il était même plus virulent. Quelques passages ont, depuis, été modifiés. Les rouleaux successifs? Elise aime ça, elle est joueuse, elle n’a pas peur.» Et l’athlète de renchérir: «Le gros volume ne m’inquiète pas. Il permet de s’amuser dans les vagues. Cela débouchera sur du spectacle, et peut-être que cela poussera quelques favoris à l’erreur.» De quoi emmagasiner du métier en vue d’un voyage au Brésil, rancard dans quatre ans.