«Energie et nature sur un pied d’égalité»

Le Temps: Le barrage du Châtelot est-il la principale cause des maux dont souffre le Doubs?

Philippe Receveur: Les études montrent que les éclusées font le plus de tort au Doubs et à sa biomasse. Comme le Châtelot est le plus grand barrage, il est la principale source des problèmes.

– Pourquoi les autorités politiques peinent-elles à intervenir auprès des électriciens pour les contraindre à mieux réguler leurs lâchers d’eau?

– Nous sommes sur une rivière binationale, réglementée par les autorités suisses et françaises. Elle a longtemps souffert de l’absence de proximité de Berne et de Paris. Le Jura n’a aucune compétence sur le régime des barrages. Il a dû batailler pour intégrer les plateformes de discussion. On nous proposait d’associer notre service de l’énergie. Mais nous avons un problème environnemental avec la rivière. Nous avons pu déléguer le chef de l’Office de l’environnement parce qu’il a aussi la charge des dossiers hydroélectriques. Les approches environnementales et énergétiques doivent se faire au même niveau.

– Le Doubs peut-il vivre avec des barrages?

– A condition d’adapter le règlement d’eau. Des variations du niveau d’eau de 95 centimètres ne sont pas acceptables. Un effort majeur doit être produit pour atténuer les effets des éclusées et coordonner les activités des barrages. Il y aura toujours des éclusées, mais elles doivent être réduites. L’objectif n’est pas chiffré, mais pourquoi pas à 80 ou 90%?

– N’est-ce pas aisé d’accuser les électriciens, alors que le Doubs est aussi victime de pollutions?

– Quand un patient souffre de pathologies multiples, il faut s’attaquer à la plus grave pour lui sauver la vie. Mais également aux autres. Nous avons la volonté politique d’assainir la rivière sur territoire jurassien.

– Il existe des projets de centrales hydrauliques sur le Doubs, sur territoire jurassien. Les soutenez-vous?

– Oui, après examen soigneux des impacts sur le cours d’eau. Il ne faut pas mélanger les genres. Les petites centrales au fil de l’eau n’ont rien à voir avec les barrages à accumulation qui produisent des éclusées. Il n’y a plus de place pour de telles installations. Par contre, des centrales au fil de l’eau, là où se trouvent déjà des seuils, peuvent être bénéfiques à la rivière si une passe à poissons est aménagée.

– Etes-vous tiraillé entre la protection d’un espace naturel et l’exigence de produire de l’électricité?

– Il existe un point d’équilibre. Le Doubs est un espace naturel remarquable, il a également une fonction sociale, pour le tourisme et la pêche, et énergétique. Propos recueillis par S. J.