Tout y est, de l'inceste œdipien à la mort de l'héroïne. Mais plusieurs niveaux de narration mettent à distance le mythe pour le rendre digeste. Digeste est bien le mot, puisque le premier niveau est un repas, servi par des filles et des garçons de salle. Avec Claude Thébert en maître de cérémonie, ces comédiens-manipulateurs dressent la scène-table et donnent les recettes de la tragédie. L'histoire d'Antigone se mêle à celle de charognards alléchés par le cadavre de Polynice, à qui Créon refuse la sépulture pour trahison. Cette raison d'Etat ne peut être entendue par Antigone qui recouvre le corps de son frère. Les marionnettes de Christophe Kiss, inspirées des sculptures des Cyclades, illuminées de l'intérieur, flottent hors du temps. Les charognards, construits par Isabelle Matter dans un registre plus drôle, aèrent la tragédie avec leurs propres histoires de famille. Trop compliqué? Parfois. Mais l'habile tricotage du récit permet de rattraper en chemin les spectateurs égarés. Et tout cela est uni comme un rituel dans la scénographie presque abstraite de Fredy Porras.

Théâtre des Marionnettes de Genève, rue Rodo 3. Genève, Di à 11h, sa-di à 17h, ma à 19h jusqu'au 16 novembre. (Loc. 022/418 47 77, www.marionnettes.ch).