France

Entre Tariq Ramadan et sa deuxième plaignante, une confrontation âpre et interminable

L'islamologue, qui espère obtenir sa remise en liberté, a été confronté à la deuxième femme qui l'accuse de viol. L'entretien a duré plus de dix heures

L'islamologue Tariq Ramadan, visé en France et en Suisse par des plaintes pour viols, a été confronté dix heures durant mardi à une de ses accusatrices françaises. Il continue à nier les faits qui lui sont reprochés, a déclaré à Reuters son avocat. Identifiée sous le prénom de Christelle, cette plaignante handicapée depuis un accident de voiture accuse le petit-fils du fondateur égyptien des Frères musulmans de l'avoir violée en octobre 2009 dans sa chambre d'hôtel à Lyon.

Dimanche 16 septembre 2018: Le Parquet genevois ouvre une instruction contre Tariq Ramadan

«Le dossier ne ment pas»

«Cela a été une confrontation âpre, qui a balayé les onze mois d'enquête», a déclaré à Reuters l'avocat de cette quadragénaire convertie à l'Islam, Me Eric Morain. Elle a duré plus de dix heures. Aucune question n'a été éludée et M. Ramadan a pu constater la détermination intacte de ma cliente, qui lui a répondu et a répondu aux questions pied à pied», a-t-il poursuivi. «Il ne suffit pas simplement de dire qu'elle est menteuse, il faut se confronter aux éléments du dossier et le dossier ne ment pas, le dossier dit la vérité.»

Christelle a notamment décrit lors d'une précédente audition une cicatrice arborée à l'aine par l'universitaire. «M. Ramadan est encore un adepte de la théorie du complot, il voit des ennemis partout, il nous l'a encore dit aujourd'hui et m'a cliente a pu lui dire droit dans les yeux qu'elle n'était pas son ennemie mais sa victime et que cela faisait dix ans qu'elle traînait cette douleur», a ajouté Me Morain.

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Demande de remise en liberté

L'avocat du théologien suisse de 56 ans, Me Emmanuel Marsigny, a pour sa part dit à Reuters que son client continuait à nier avoir eu des relations sexuelles avec Christelle et a annoncé déposer une troisième demande de mise en liberté. «Je ne comprendrais pas qu'elle ne soit pas acceptée dans la mesure où il a été indiqué au mois de juillet que c'était l'absence de cette confrontation qui s'opposait à sa remise en liberté», a-t-il déclaré à la sortie du bureau des juges d'instruction au tribunal de Paris.

Tariq Ramadan est incarcéré en France depuis le 2 février et a vu jusqu'ici toutes ses demandes de libération rejetées bien qu'il souffre de sclérose en plaques. Il est également mis en examen pour viol sur la personne d'une ex-salafiste, Henda Ayari, qui l'accuse de l'avoir agressée en marge d'un congrès de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) en 2012.

Le témoignage de cette femme est cependant fragilisé par son incapacité à se souvenir de la date exacte à laquelle elle dit avoir subi des violences sexuelles : le 26 mai 2012, date qu’elle avait avancée après avoir déjà changé de version, elle était au mariage de son frère à Rouen, ce que les enquêteurs ont pu vérifier, et non à Paris, à l’hôtel où elle disait avoir rencontré Tariq Ramadan. Selon Me Marsigny, les juges chargés du dossier l'ont questionnée avec insistance sur ce point lors d'une confrontation le 19 juillet.

Tariq Ramadan est également visé par une plainte aux Etats-Unis et une autre en Suisse pour des faits similaires.

Instruction pénale à Genève

La plainte suisse a abouti à l'ouverture début septembre d'une instruction par le parquet de Genève, ce qui équivaut à une mise en examen, selon l'avocat de la plaignante identifiée sous le prénom de Brigitte, Me Romain Jordan. Les faits dénoncés par sa cliente remontent à octobre 2008 et ressemblent à ceux décrits par les autres accusatrices : une rencontre lors d'une conférence suivie d'une phase d'échanges sur les réseaux sociaux et un rendez-vous en apparence anodin.

«Ils ont pris un café ensemble. Après, il lui a demandé de l’aider à porter des objets dans sa chambre d’hôtel. A partir du moment où elle est entrée dans sa chambre ça a été un cauchemar, toute une nuit jusqu’au petit matin», a dit à Reuters Me Jordan. «Ce sont des faits constitutifs à notre sens de viol avec cruauté, contrainte sexuelle et séquestration.»

La plaignante, une Suissesse convertie à l'islam depuis l'adolescence, avait une quarantaine d'années lors des faits. Selon Me Jordan, le procureur de Genève se rendra prochainement en France pour entendre Tariq Ramadan, détenu à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne).

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