Jeudi 17 septembre 2020 à 11:00
En ligne

Le Forum Prévoyance du 3 septembre à Pully a été repensé en 3 conférences interactives en ligne, qui auront lieu les 3, 10 et 17 septembre, de 11h00 à 11h45. Inscriptions et informations: www.letemps.ch/forum-prevoyance

La 2e conférence du Forum Prévoyance était consacrée à la chute des rentes, au conflit possible entre les générations et à la performance des caisses de pension. Le jeudi 17 septembre, entre 11h et 11h45, un 3e rendez-vous s'est focalisé sur le décalage entre nos assurances sociales et la société. Comment mieux coller aux nouveaux modes de vie? Comment corriger les inégalités entre hommes et femmes en matière de prévoyance? 

Quand elles arrivent à la retraite, les femmes touchent au titre du 2e pilier une rente en moyenne deux fois moins élevée que celle des hommes. Les réformes actuellement discutées à Berne sont censées corriger ces inégalités. Mais vont-elles assez loin? 

Notre système de prévoyance protège-t-il, par ailleurs, les membres d’un couple qui vivent en concubinage? Le principe d’âge légal de la retraite est-il compatible avec l’envie d’un nombre croissant de Suisses de prendre une retraite flexible et à la carte? 
Deux experts ont répondu à vos questions lors de cette 3e conférence du Forum Prévoyance organisé par Le Temps et PME Magazine, en partenariat avec Groupe Mutuel Prévoyance: Maxime Morand, fondateur de la société de conseil en leadership et en ressources humaines Provoc-Actions. Et Marlène Rast, membre de la direction du Groupe Mutuel et auteure de plusieurs articles sur cette thématique parus dans Le Temps.

>> Revivre la 1re conférence du Forum Prévoyance 2020
>> Revivre la 2e conférence du Forum Prévoyance 2020

1. Question posée par Anouk:
Est-ce exact que le parlement va autoriser des rachats du 2e et 3e piliers au-delà des limites existantes aujourd'hui? Et, si c'est correct, sans quelle proportion?
Marlène Rast:
A partir du 1er janvier 2021, les personnes licenciées pourront continuer d'obtenir une rente. Sur les possibilités de rachat, à ma connaissance, il n'y a pas encore énormément de discussions en cours.

2. Question posée par Sandra:
Le modèle actuel est-il toujours adapté à la nouvelle génération qui entre sur le marché du travail?
Marlène Rast:
Les jeunes sont très sensibles à leur prévoyance. La solution proposée actuellement est très compliquée, pas claire du tout. Il faudrait tenir compte aujourd'hui de la flexibilité des jeunes, qui sont très mal couverts.
 
3. Question posée par Edouard Bolleter (journaliste):
Quid des fonctionnaires?
Maxime Morand:
Il y a beaucoup de fonctionnaires qui bénéficient d'une primauté de prestations, alors qu'ils n'ont pas vraiment cotisé... C'est une vraie chaîne de Ponzi! Il y a une arnaque sur la prévoyance par rapport aux gens qui bénéficient d'un fonctionnariat ou d'une caisse publique. Il faut évoquer cette problématique. Pour moi, c'est un véritable détournement de fonds. Il faudrait surtout protéger les petits salaires.
 
4. Question posée par Edouard Bolleter (journaliste):
La démographie n'est-elle pas un vrai problème en Suisse?
Maxime Morand:
Elle n'est pas si catastrophique qu'on veut bien le raconter. Le grand problème que l'on a surtout en Suisse, c'est que les indépendants ne sont pas vraiment couverts... Il faudrait forcer toutes les personnes qui cotisent à avoir obligatoirement un 2e pilier. Je propose aussi d'augmenter la TVA pour renflouer l'AVS.
 
5. Question posée par Marc:
Quelle possibilité pour un indépendant qui n'intéresse plus les assurances de placer son second pilier à des taux supérieurs à ce qu'offre un banque comme compte de libre passage? Existe-t-il une solution qui donne droit à une rente?
Maxime Morand:
C'est très intéressant car personne ne parle du libre passage. J'en suis bénéficiaire, je ne touche pas de rente, mais c'est aussi zéro impôt sur le revenu et la fortune, jusqu'à 70 ans. Un indépendant aurait intérêt à constituer ce libre passage. Tout le monde parle de rentes, de capital, mais personne ne parle de ça! Qui connaît vraiment ce levier-là? Pourtant, pour les indépendants, c'est une vraie possibilité.
 
6. Question posée par Nicéphore:
Existe-t-il une formation, un organisme, une association ou un forum de discussion pour les futurs retraités qui désirent planifier leur retraite (faire des prévision ou projections financières)?
Maxime Morand:
J'ai l'ambition d'offrir un conseil pour des personnes qui commencent à avoir 50 ans et qui veulent faire des prévisions à ce sujet. J'ai connu un politicien suisse de premier plan, il m'avait dit qu'à 65 ans, il n'avait toujours rien prévu... Il y a un vrai créneau pour établir une prévoyance très concrète. La valeur ajoutée du conseil est juste extraordinaire.

Marlène Rast: Nous avons des conseillers spécialisés qui peuvent renseigner les gens sur l'organisation de la prévoyance. J'insiste: chaque situation est individuelle.
 
7. Question posée par Julie:
Le fait de toucher une retraite suisse, dans un pays où les retraites sont nettement élevées, si on décide de partir à l'étranger, c'est quand même une forte sécurité, non? 
Marlène Rast:
On peut partir à l'étranger et le pouvoir d'achat que l'on obtient avec une rente suisse peut être très intéressant. Mais à un certain moment, on a une tendance à vouloir rentrer pour bénéficier de la couverture de soins que l'on a en Suisse. Dans notre caisse de pension, la proportion de rentes que l'on verse à des Suisses qui sont à l'étranger est très faible.

Maxime Morand: Absolument. Les gens qui partent à l'étranger, lorsqu'ils deviennent plus âgés et malades, reviennent souvent en Suisse. Notre pays est très cher, c'est vrai, mais on a quand même des prestations que beaucoup de personnes nous envieraient.
 
8. Question posée par Caroline:
Quelle est la probabilité qu'on arrive à un système (comme l'assurance maladie, sauf que l'employeur cotiserait aussi) où le 2e pilier est obligatoire mais plus sous la responsabilité de l'employeur? 

Marlène Rast: L'employeur est participant au 2e pilier. La loi sur la prévoyance professionnelle précise que la représentation des travailleurs doit être égale à celle de l'employeur et qu'au sein de cette commission LPP, administrative, appelez-la comme vous le souhaitez, les décisions doivent se faire ensemble. L'employeur ne peut plus décider tout seul, il doit consulter son personnel. 
 
9. Question posée par Giovan:
Que pensez-vous du rendement via des fonds immobiliers?
Maxime Morand:
On construit sans arrêt en Suisse. Il n'y a qu'à regarder à Morges ce qui se passe, tout près de la gare... J'ai peur qu'on se retrouve avec une bulle immobilière. Je serai très attentif au fait qu'il ne faut pas continuer à mettre trop d'argent dans l'immobilier...

Marlène Rast: La réparation est la clé. Il faut vraiment un mix très équilibré. Je souhaite néanmoins souligner que les rendements autour de l'immobilier ont été plutôt importants ces dernières années, du fait de la pénurie de logements disponibles.
 
10. Question posée par Marc:
Comment justifiez-vous le versement d'une rémunération de près de 3% par AXA pour l'exercice 2019 sur l'ensemble des avoirs de vieillesse, alors que le taux minimum légal était de 1% pour la même période et que la prévision 2021 est à 0,75%... ? 
Marlène Rast:
2019 est un exercice exceptionnel au niveau des rendements. Ceci est très précis et doit retourner dans la poche des assurés. Le taux minimal LPP est fixé à l'avance.

Maxime Morand: Les caisses de prévoyance doivent mieux contrôler les assureurs. Il y a très peu de transparence sur la tarification. Cela doit changer.